Chaque rapport qui tire la sonnette d’alarme s’accompagne le plus souvent de « solutions » susceptibles de nous sauver la mise, mais soit elles sont des leurres comme celles que nous venons de présenter, soit elles ne sont jamais appliquées.

Aussi, pour une fois, je vous propose de passer ENFIN de l’idée à l’action, de l’espoir passif et ankylosé au courage actif et engagé ! Car, comme le Système ne changera pas, comme les émissions de gaz à effet de serre ne vont pas s’arrêter toutes seules, comme il est difficile pour chaque individu d’abandonner son petit confort, aucune idée utile et vitale ne sera jamais adoptée, ni maintenant, ni au pied du mur, puisque nous y étions il y a 50 ans et que depuis nous le traversons. Aucune marche ou manifestation, aucune action de désobéissance civile, aucune pétition, aucun boycott, aucune action en justice, aucune grève même générale, aucune élection, aucun traité, accord ou pacte, aucune idée aussi lumineuse et brillante soit elle, ne changera la donne.

Tous les rêves, même les plus fous, que j’ai formulés jusqu’ici, notamment dans cette deuxième partie Révolution, ne servent strictement à rien si nous ne finissons pas par passer à l’action, la vraie, pas la timide ni la timorée, encore moins celle qui supplie. Espérer est passif. Proposer est constructif. Agir est jouissif ! Seule l’action permet de retrouver le sourire, la joie, la foi ! Lorsque nous voulons changer les choses, rien ne sert de de- mander ou d’exiger. C’est à nous d’agir. Pour sauver la vie sur Terre, c’est pareil. Personne ne le fera à notre place. Alors… Action !

Oubliez donc cet espoir attentiste, pour embrasser l’espérance en mouvement de Joanna Macy et Chris Johnstone ! Dans l’introduction de leur livre éponyme qui présente le fascinant voyage du Travail qui relie, les traductrices du livre, Claire Carré et Françoise Ferrand, définissent ainsi ce puissant concept :

« Qu’entendons-nous par l’espérance en mouvement ?
Quelle que soit la situation dans laquelle nous nous trouvons, nous pouvons choisir notre réponse. Confrontés aux défis qui nous dépassent, nous pourrions penser que nos actions ne comptent pas pour grand-chose. Pourtant le genre de réponses que nous donnons et l’intensité de notre engagement dans ces actions, dépendent de la façon dont nous envisageons l’espérance et de comment nous la ressentons. En voici un exemple : Jane était profondément inquiète de l’état du monde et horrifiée par ce qui se passait. Elle considérait les êtres humains comme une cause perdue, tellement bloqués dans leurs comportements destructeurs, qu’elle pensait que l’anéantissement de notre monde était inévitable. « À quoi bon intervenir si cela ne change pas la direction dans laquelle nous sommes engagés ? » se demandait-elle.
Le mot espérance a deux significations différentes. La première repose sur l’espoir quand il semble tout à fait possible que le résultat escompté se réalise. Si nous avons besoin de ce genre d’espoir avant de nous engager dans l’action, notre réponse sera bloquée dans les domaines où nous n’évaluons pas nos chances de réussite comme très élevées. C’est ce qui s’est passé pour Jane – elle ressentait tant de désespoir, qu’elle ne voyait aucune raison d’essayer d’intervenir.
La seconde signification concerne le désir. Quand on a demandé à Jane ce qu’elle aimerait qu’il se passe dans notre monde, elle a décrit l’avenir qu’elle espérait, un monde auquel elle aspirait si intensément qu’elle en souffrait. C’est par cette sorte d’espérance que commence notre voyage – définir notre espérance et savoir ce que nous aimerions tant qu’il arrive. Toute la différence tient à ce que nous faisons de cette espérance. L’espoir passif, c’est attendre l’intervention d’organisations externes pour que nos désirs se réalisent. L’espérance en mouvement, c’est participer à cette action pour réaliser cet espoir.
L’espérance en mouvement est une pratique. Comme le taïchi ou le jardinage, c’est quelque chose que l’on fait et non pas que l’on a. C’est un processus que nous pouvons utiliser dans n’importe quelle situation et qui implique trois actions clefs. Premièrement, prendre conscience de la réalité ; deuxièmement, identifier vers quoi nous souhaitons aller, et exprimer les valeurs qui nous tiennent à cœur ; troisièmement, nous mettre à suivre cette direction, et adapter la situation en conséquence.
Puisque l’espérance en mouvement ne requiert pas notre optimisme, nous pouvons même l’appliquer dans des domaines que nous considérons sans espoir. La force motrice est l’intention : nous choisissons ce que nous voulons susciter ou exprimer, ou le rôle que nous voulons jouer. Plutôt que de mesurer nos chances de réussite et d’agir seulement lorsque nous avons de l’espoir, nous nous concentrons sur notre intention et nous la prenons comme guide.
»

Mais comment passer à l’action ? Cela nécessite aujourd’hui un sacré courage. Celui de remettre en question notre mode de vie et le confort associé. Celui de questionner nos constructions intellectuelles profondément ancrées, de déconstruire toutes nos « réalités imaginaires ». Celui d’oublier le tryptique Croissance-Compétition-Consommation pour lui préférer la dynamique Décroissance-Entraide-Frugalité. Celui d’oser penser différemment, de croire sérieusement en des alternatives au Système dominant qui s’évertue à nous faire croire qu’elles n’existent pas. Celui d’abandonner cette utopie bornée d’une transition morte-née pour éprouver l’utopie éclairée d’une révolution vitale. Celui de changer De système en inventant nos propres règles. Celui de nous concentrer sur la racine du mal – l’anéantissement du vivant -, plutôt que sur le seul symptôme – le climat. Celui de prendre des risques pour embrasser une cause qui nous dépasse. Celui d’oublier nos petits nombrils humains pour respecter le vivant et préserver les conditions d’habitabilité de notre maison. Celui d’abandonner notre anthropocentrisme égoïste pour un biocentrisme altruiste. C’est la seule et unique façon de sauver notre espèce d’une disparition prématurée tout en retrouvant notre juste place et notre dignité.

Du courage, il nous en faudra également pour affronter les chocs systémiques à venir. Pour tenir bon malgré l’inéluctable chaos associé à l’effondrement global. Pour cultiver notre joie de vivre malgré les temps difficiles que nous allons devoir traverser. Pour nous faire confiance les un·e·s, les autres, en nous affranchissant de tout rapport de domination. Pour prendre nos responsabilités et croire en notre capacité à nous autogérer sans chef. Évidemment, tout sera plus simple si nous parvenons à anticiper en nous préparant dès maintenant. Et pour nous pré- parer, il convient forcément de passer à l’action, de poser les bases de notre résilience collective afin d’amortir au maximum les impacts négatifs et de réduire les dommages collatéraux de cette période de fortes turbulences qui s’annonce.

Que celles et ceux qui ne jurent que par la non-violence se ras- surent (sans oublier de lire l’excellent livre Comment la non-violence protège l’État de Peter Gelderlos), il ne s’agit pas d’une révolution dans le sang – même s’il y en aura inévitablement – mais plutôt de participer à une extraordinaire aventure – sans au- cun doute l’une des plus belles – celle d’inventer, d’imaginer, de co-construire toutes et tous ensemble un nouveau modèle de société ! Alors, plutôt que de redouter l’avenir, retroussons-nous les manches et relevons ensemble ces immenses défis en saisissant cette extraordinaire opportunité de donner un réel sens à nos vies et une autre destinée à l’épopée humaine.

RÉVOLUTION !

Crédit Photo : Site web de Joanna Macy

   

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