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FICHE PÉDAGOGIQUE

DÉCROISSANCE

par Benoit Bride

Décroissance ?

 

La décroissance est un courant de pensée critiquant le modèle industriel, et prônant une réduction de nos productions et de nos consommations. Le mot « décroissance » est un contrepoint au mot « croissance », si souvent employé par les économistes et les hommes politiques, et qui oriente depuis plusieurs décennies l’essentiel des actions publiques : croissance du PIB, croissance de la consommation des ménages, croissance de l’emploi…

 

Le concept date des années 1970. Il est d’abord utilisé par certains penseurs ou philosophes comme Nicolas Georgescu-Roegen (Demain la décroissance), Bernard Charbonneau ou André Gorz. Ceux-ci pointent du doigt les nombreux méfaits de la croissance économique des sociétés thermo-industrielles, et insistent sur la nécessité de se détourner de l’unique objectif de croissance.
Ce mot apparaît également suite au rapport du Club de Rome « Les limites de la croissance » (The limits to growth) en 1972, qui met lui aussi en évidence les risques d’une croissance infinie.

Si le mot « décroissance » est relativement récent, les idées sur lesquelles le concept repose sont plus anciennes : les critiques du monde productiviste sont nées dès les débuts des révolutions industrielles. Par exemple, dès le 19ème siècle, Paul Lafargue (Le droit à la paresse) en France et William Morris (Useful Work versus Useless Toil) en Angleterre constataient chacun de leur côté que l’accroissement impressionnant de la productivité servait essentiellement à satisfaire des besoins superflus (de luxe) chez les classes privilégiées, alors que les travailleurs étaient en général plus pauvres qu’avant.

 

Décroissance… c’est quoi ?

La décroissance part du constat que le développement et la croissance économique engendre des problèmes majeurs à haut risque pour la pérennité de nos sociétés :

  • Destruction et pollution des écosystèmes, et contamination des ressources vitales (eau, air, alimentation) ;
  • Raréfaction des ressources énergétiques et des ressources en matières premières ;
  • Modification du climat avec la possibilité de rendre inhabitables certaines zones du globe ;
  • Travail aliénant et déshumanisant dangereux pour la santé mentale des individus ;
  • Augmentation des inégalités tant au niveau national que mondial (avec une mise en esclavage des plus pauvres au profit des plus riches) ;
  • Conflits armés majeurs en vue de l’appropriation de ressources rares

D’après ce concept, toutes les politiques basées sur une recherche de croissance économique ne font que catalyser ces problèmes. La célèbre citation de Kenneth Boulding « Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste » illustre ce propos. 

La décroissance explique donc que toute orientation rationnelle de nos sociétés doit passer par l’acceptation d’un certain nombre de limites, comme un enfant qui ne peut pas infiniment manger ou grandir.

La proposition politique consiste à organiser le plus tôt possible une descente énergétique en prenant en compte en premier lieu les problématiques sociales : une meilleure répartition des richesses permettrait sans aucune difficulté de satisfaire tous les besoins essentiels et épanouissants des êtres humains, en éliminant progressivement le superflu et la consommation matérielle illimitée. On arriverait donc à la proposition synthétisée par l’axiome « plus de liens moins de biens ».

Cette décroissance matérielle serait accompagnée par une limitation drastique voire une interdiction de la publicité et du marketing, qui ont pour but de créer des besoins pour vendre davantage de produits au départ inutiles.

Les penseurs de la décroissance contestent vigoureusement les orientations pseudo-écologistes modernes comme le développement durable ou la croissance verte. Le premier est un oxymore, car mathématiquement, un développement modéré du PIB de 3 % sur 100 ans (si durable) conduit à multiplier les échanges de biens et de service par 19 (1,03 à l’exposant 100), ce qui engendre le même effet sur la consommation d’énergie et de matières premières étant donné qu’elle est, et a toujours été, corrélée au PIB. Vu les tensions déjà existantes sur ces ressources, multiplier leur consommation par 20 ne peut pas être durable.
La croissance verte est quant à elle une invention moderne ayant pour but de faire croire à une compatibilité entre écologie et capitalisme débridé : il s’agit de proposer aux consommateurs fortunés d’autres produits (ou innovations) ne remettant pas en cause leur niveau de confort, mais avec une prétendue empreinte écologique réduite. A noter que la croissance verte propose de solutionner les problèmes avec les outils qui les ont créés (l’industrie), ce qui rend sa réussite encore moins plausible.
Ces deux concepts sont également compatibles avec les orientations ultra-libérales de nos sociétés, vu qu’ils n’impliquent aucune remise en cause de nos modes de vie consuméristes, contrairement à la décroissance.

La décroissance est assimilée abusivement par ses détracteurs à la récession économique. Or une récession économique est fondamentalement différente étant donné qu’elle est subie et non anticipée et désirée : lors d’une récession les secteurs en faillite ne sont pas choisis par la société, aucun travail de recentrement sur les besoins essentiels ou épanouissants n’a été anticipé, et aucune répartition des richesses n’est envisagée.

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Promoteurs·trices de la décroissance

Les penseurs qui dans leurs écrits citent la décroissance (ou degrowth en anglais) en adhérant au concept sont postérieurs aux années 1970. On peut citer les personnes suivantes : Bernard Charbonneau, Ivan Illich, Jacques Ellul, Pierre Fournier, Serge Latouche…

Le journal « La décroissance » publie chaque mois un ensemble d’articles critiques sur les orientations de notre société. Il est issu d’un collectif antipub (casseurs de pub) et est uniquement diffusé en papier. Son slogan est emblématique : « Le journal de la joie de vivre ». Ceci permet d’insister sur le fait que l’abondance des biens matériels (l’avoir plutôt que l’être) nuit à notre bonheur, et que la diminution de notre consommation nous rendrait plus heureux en réduisant de nombreux problèmes critiques pour nous et notre environnement.

Le mot « décroissance » est parfois qualifié de mot obus par certains de ses détracteurs, c’est à dire que ce terme peu attirant nuirait au concept et aux idées qu’il défend. Cependant, ce mot est une vraie confrontation avec l’idéologie dominante, et il a évité jusqu’à maintenant toute forme de récupération par le système. Les adeptes de la décroissance acceptent d’ailleurs l’idée du conflit social, dialectique ou politique pour aboutir à une meilleure orientation, tout en étant partisans de la non-violence envers les personnes.

On peut citer d’autres mots ou concepts qui reprennent tout ou partie des constats et des propositions de la décroissance :

  • L’objection de croissance : démarche individuelle de réduction de sa consommation et de sa production, en accord avec les principes de la décroissance ;
  • La simplicité volontaire : assez proche de l’objection de croissance ;
  • La sobriété heureuse : concept de Pierre Rabbhi à l’origine, puis du Mouvement des Colibris, proche des constats de la décroissance mais avec une proposition assez peu conflictuelle (« chacun doit faire sa part»), et facilement récupérable par le système ;
  • La permaculture : dans les ouvrages fondateur de ce concept, Bill Mollison et David Holmgren insistent sur la nécessaire décroissance énergétique. Il est vrai que cette méthode de conception écologique aboutit réellement à une décroissance de la consommation sur le lieu envisagé, mais elle n’a pas de proposition philosophique ou politique pour faire évoluer la société globalement ;
  • Les low-tech : ce concept reprend à la décroissance (et en particulier à Ivan Illich) la notion d’outil convivial, non aliénant et simple, par opposition aux high-tech, qui sont des outils complexes sans cesse renouvelés, qui rendent leurs utilisateurs dépendants de firmes multinationales, et qui sont gourmands en ressources (énergie et matières premières).

    Ressources utiles

    Les décroissants limitent aussi leur utilisation des nouvelles technologies, qui sont polluantes et potentiellement aliénantes, il n’y a donc pas beaucoup de sites internet fournis sur la décroissance.

    En Suisse
    Décroissance
    Réseaux Objection de Croissance – Suisse romande

    Les livres incontournables

    Gouverner la décroissance

    A. Sinaï, M. Szuba

    SciencePo Les Presses – 2017

    Le pari de la décroissance

    S. Latouche

    Editions Fayard – 2006

    Petit traité de la décroissance sereine

    S. Latouche

    Éditions Fayard- 2007

    Penser la décroissance

    A. Sinaï

    SciencePo Les Presses – 2013

    Vers une société d’abondance frugale

    S. Latouche

    Editions Fayard – 2011

    La sobriété heureuse

    P. Rabhi

    Editions Actes-Sud – 2010

    Les vidéos à voir absolument

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