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FICHE PÉDAGOGIQUE

ÉNERGIE

par Jean-Christophe Anna

Énergie ?

 

L’énergie est un concept qui remonte à l’Antiquité.

Le mot français « énergie » vient du latin vulgaire energia, lui-même issu du grec ancien ἐνέργεια / enérgeia. Ce terme grec originel signifie « force en action », par opposition à δύναμις / dýnamis signifiant « force en puissance » ; Aristote a utilisé ce terme « au sens strict d’opération parfaite », pour désigner la réalité effective en opposition à la réalité possible.

 

Après avoir exploité sa propre force et celle des animaux, l’homme a appris à exploiter les énergies contenues dans la nature (d’abord les vents, énergie éolienne et les chutes d’eau, énergie hydraulique) et capables de lui fournir une capacité croissante de travail mécanique par l’emploi de machines : machines-outils, chaudières et moteurs. L’énergie est alors fournie par un carburant (liquide ou gazeux, issu d’énergie fossile ou non).

Si le terme d’énergie s’est précisé dans le cadre des sciences physiques depuis le XVIIIe siècle, il garde toutefois plusieurs sens différents, fort d’une histoire dont on trouve trace dès l’Antiquité. Le terme est utilisé dans de nombreux domaines dont la philosophie, l’économie, la nutrition, la spiritualité, voire l’ésotérisme, où il se rapporte à des notions variées, et à des concepts divergents en fonction des époques, des lieux et des auteurs.

L’énergie est un concept qui intervient lors des transformations entre phénomènes physiques différents. Ces transformations sont contrôlées par les lois et principes de la thermodynamique. L’unité de l’énergie définie par le Bureau international des poids et mesures (BIPM) dans le Système international (SI) est le joule. 

 

Sources de cette fiche pédagogique :

  • Wikipédia
  • Le Climat n’est pas le bon combat ! – Utopie bornée, la transition est morte – Jean-Christophe Anna – L’Archipel du Vivant
  • Jean-Marc Jancovici – « On ne peut plus éviter la totalité des claques » – Mr Mondialisation, 22 mars 2019
  • Comment tout peut s’effondrer – Pablo Servigne et Raphaël Stevens – Seuil
  • Devant l’effondrement – Essai de collapsologie – Yves Cochet – Les Liens qui Libèrent, Septembre 2019 

L’énergie, d’où vient-elle ?

L’énergie, telle que nous la connaissons aujourd’hui, provient de 5 origines :

  • thermique (les énergies fossiles : pétrole, charbon, gaz liquide
  • nucléaire (uranium)
  • biocarburants et déchets
  • hydraulique (force de l’eau au niveau des barrages hydrauliques)
  • renouvelables (vent, soleil)

Le mix énergétique mondial n’a pas évolué depuis… 1980. Selon le World Energy Outlook publié par l’AIE (Agence Internationale de l’Énergie) en 2017, les énergies fossiles fournissent toujours l’essentiel de la consommation d’énergie de l’humanité, soit 82% : 32% pour le pétrole, 28% pour le charbon et 22% pour le gaz naturel. Le nucléaire représente 5%, l’hydroélectricité 2%, les biocarburants et les déchets 10%. Les énergies renouvelables (solaire et éolien principalement), quant à elles, ne couvrent que… 1% de la consommation mondiale. Ainsi, malgré leur développement, leur proportion dans le mix énergétique n’évolue pas car, dans le même temps, les énergies fossiles continuent d’être utilisées toujours en plus grande quantité.

L’énergie, sous quelle forme est-elle utilisée ?

Dans notre société, nous utilisons l’énergie produite sous 3 formes : chaleur, électricité, essence.

Comme l’illustre brillamment la métaphore de cette voiture en pleine accélération alors que le réservoir est presque à sec (Comment tout peut s’effondrer de Pablo Servigne et Raphaël Stevens), notre civilisation thermo-industrielle ultra-dépendante à l’or noir en consomme toujours plus alors qu’il y en a toujours moins. De l’extraction des ressources à l’acheminement des marchandises, de la production de l’ensemble de nos produits à leur recyclage, de l’agriculture à l’industrie, de nos déplacements quotidiens à nos voyages lointains… l’ensemble de notre économie et la quasi-totalité de nos échanges et interactions dépendent du pétrole. 

Le pic pétrolier ou la question de la quantité disponible

« Le pétrole est la plus merveilleuse des énergies que les êtres humains aient utilisées depuis qu’ils sont sur terre. Jusqu’au pétrole, toute l’histoire des Hommes, qui est une transition énergétique ininterrompue, a consisté à passer vers des énergies plus simples d’emploi, avec plus de potentialités, qui sont plus faciles à déplacer et à stocker, avec plus de densité, de puissance et qui nous permettent de nous affranchir plus facilement des contingences locales et temporelles. Nous sommes ainsi passés de l’usage des muscles à celui du bois, des animaux de trait, des esclaves, des moulins à vent et à eau, du charbon et enfin à celui du pétrole. Depuis le pétrole, les énergies qu’on a rajoutées à notre consommation sont des énergies moins « sympathiques ». Le gaz se stocke moins facilement et le nucléaire est moins commode parce que beaucoup plus concentré et a donc moins de souplesse d’utilisation – on ne transporte pas une centrale nucléaire dans sa voiture – ce qui impose une nouvelle rigidité. Les nouvelles énergies renouvelables représentent encore une dégradation, car non pilotables et très intensives en matériaux, notamment en métaux. C’est pour ces raisons que dans les pays industrialisés, le pétrole a pris la première place dans le mix énergétique. Quand on comprend que l’énergie sert à la mise en marche de nos machines productives, on comprend que tout ce qui concerne le pétrole a des incidences absolument majeures sur ce qui se passe dans l’économie dans son ensemble. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle depuis maintenant 40 ans l’économie se comporte comme l’approvisionnement du pétrole en volume – non pas en prix, mais bien en volume. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre ce phénomène qui est le passage de l’approvisionnement mondial en pétrole conventionnel par un pic, pic que le pétrole dit de schiste a pour l’heure permis de compenser. C’est cet élément qui a causé le ralentissement économique qu’on a constaté en 2008 et dont on n’est toujours pas sortis – et dont on ne sortira pas à mon avis –, qui a provoqué la crise financière et celle des subprimes. L’évènement a incité à se reporter sur des sources moins bonnes que le pétrole « conventionnel », comme le pétrole dit de schiste et les sables bitumineux, mais qui n’ont pas la caractéristique du pétrole « conventionnel » en termes de facilité d’extraction. Ils présentent une pénalité énergétique plus élevée, ce qui signifie que le retour sur énergie investie pour ces pétroles est moins bon. Donc ces pétroles sont chers : les sables bitumineux canadiens ne sont pas rentables en dessous de 80 dollars le baril et le schiste bitumineux n’est pas rentable du tout, quel que soit son prix. » Jean-Marc Jancovici – « On ne peut plus éviter la totalité des claques » – Mr Mondialisation, 22 mars 2019

Au début de son exploitation industrielle, lorsque le pétrole était si abondant qu’il suffisait de planter une pioche dans le sol pour qu’il jaillisse et coule à flots, nous pensions que nous en aurions indéfiniment. Mais, comme c’est le cas de toutes les sources d’énergie, qu’elles soient fossiles (pétrole, gaz et charbon) ou « propres » (métaux rares), notre principal carburant est une ressource non-renouvelable (à l’échelle humaine). L’extraction d’une ressource finie suit toujours une courbe en cloche composée de trois étapes. La première est une exponentielle qui correspond à la consommation de la première moitié de cette ressource, celle qui est la plus accessible. La seconde étape est le sommet de la cloche, le fameux pic, à savoir le moment où le débit d’extraction de la ressource atteint un plafond avant de décliner inexorablement. La troisième phase est la descente qui correspond à la consommation de la seconde moitié des stocks.

Le passage d’un pic s’accompagne généralement, assez logiquement, d’une tension sur les prix. Lorsqu’il s’agit du pétrole, notre énergie reine, l’augmentation du prix du baril a un impact direct sur l’économie et la finance. C’est le passage du pic de production aux États-Unis, le fameux choc pétrolier de 1973, qui mit fin aux Trente glorieuses. Et c’est le franchissement du pic pour le pétrole conventionnel au niveau mondial en 2005-2006 qui déclencha la crise économico-financière de 2007-2008. C’est alors que le pétrole non conventionnel est entré en piste pour retarder de quelques années l’échéance inéluctable de la descente énergétique de notre civilisation. L’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) prévoit, dans son World Energy Outlook, le pic global du pétrole – conventionnel et non conventionnel – en 2025. À ce moment-là, nous aurons consommé au niveau mondial la moitié du pétrole disponible et nous serons officiellement en décroissance énergétique.

Il y a aujourd’hui de moins en moins de pétrole et il est de plus en plus difficile à extraire – car de plus en plus profond et en quantité de plus en plus faible – alors que la demande est de plus en plus importante. 

Le Taux de Retour Énergétique ou la question de la qualité

À la question essentielle de la quantité de pétrole disponible, s’ajoute celle tout aussi déterminante de la qualité. Très accessible à l’origine, le pétrole était aussi de très grande qualité. Le pétrole conventionnel est en effet directement exploitable. Sa densité énergétique, sa puissance, est exceptionnelle. Elle n’a d’ailleurs pas d’équivalent parmi les autres sources d’énergie. « Sale », le pétrole non conventionnel – pétrole de schiste et sables bitumineux – a besoin d’être raffiné. Sa densité énergétique est au moins 5 fois plus faible.

« Le taux de retour énergétique (Energy Return On Energy Invested, EROEI) est la principale mesure de la qualité de l’énergie. Il s’agit du rapport entre l’énergie utilisable par la société et l’énergie mise en œuvre pour la rendre utilisable. » Yves Cochet – Devant l’effondrement – Essai de collapsologie – Les Liens qui Libèrent, Septembre 2019 

Au début du XXème siècle, aux États-Unis, le Taux de Retour Énergétique (TRE) était de 100 pour 1 (100 :1). Pour 1 baril investi au Texas ou dans l’Oklahoma, 100 barils étaient extraits.  

Aujourd’hui, le TRE moyen au niveau mondial pour le pétrole conventionnel est de l’ordre de 15 pour 1. Vous imaginez bien que le jour où l’énergie consommée (la quantité de barils utilisée) pour l’extraction sera plus importante que l’énergie puisée (la quantité de barils produite), nous finirons par arrêter de creuser, quelle que soit la quantité de pétrole qu’il restera sous terre. Lorsque le TRE est de 1:1 (1 baril produit pour 1 baril produit), le « jeu » n’en vaut plus la chandelle. Mais, avant même d’en arriver là, l’inévitable descente énergétique va grandement impacter notre niveau de vie et l’ensemble de nos activités. En effet, notre train de vie mondial actuel correspond à un TRE situé entre 11:1 et 12:1 (Victor Court Energie, EROI et croissance économique dans une perspective de long terme, thèse de sciences économiques, Université Paris-Ouest Nanterre La Défense, 18 novembre 2016 et Energy, EROI and quality of life – Jessica Lambert). 

Nous nous en rapprochons donc dangereusement d’autant plus que le pic global mondial est prévu pour 2025 et que le TRE du pétrole non conventionnel est très inférieur à celui du pétrole conventionnel (environ 3:1 pour les sables bitumineux de l’Alberta, le pétrole et le gaz de schiste du Texas et du Dakota du Nord, les huiles extra-lourdes de l’Orénoque).                                                        

« Le problème est que nos sociétés modernes ont besoin d’un TRE minimal pour fournir l’ensemble des services actuellement offerts à la population. Le principe de l’exploitation énergétique est grossièrement le suivant : nous allouons d’abord le surplus énergétique dont nous disposons aux tâches indispensables à notre survie, par exemple à la production alimentaire, à la construction de nos habitats et au chauffage de ceux-ci, à la confection de nos vêtements, ou au système sanitaire dans les villes. Ensuite, nous répartissons le solde restant au fonctionnement des systèmes de justice, de sécurité sociale, de santé ou d’éducation. Enfin, s’il nous reste un surplus énergétique, nous l’utilisons pour nos divertissements (tourisme, cinéma, etc.). Aujourd’hui, le TRE minimal pour fournir l’ensemble de ces services a été évalué dans une fourchette comprise entre 12 :1 et 13 :1. En d’autres termes, il s’agit d’un seuil en deçà duquel il ne faut pas s’aventurer sous peine de devoir décider collectivement – et avec toutes les difficultés que cela implique – des services à conserver et de ceux auxquels il faudra renoncer. Avec un TRE moyen en déclin pour les énergies fossiles, et un TRE ne dépassant pas 12 :1 pour la majorité des énergies renouvelables, nous approchons dangereusement de ce seuil. » Pablo Servigne et Raphaël Stevens – Comment tout peut s’effondrer – Seuil, 2015  

Conclusion ? Si, en 2025, la seconde moitié des stocks de pétrole sera bien toujours disponible, une grande partie restera à jamais dans les entrailles de notre planète. Car, comme nous venons de le voir, le pétrole est de moins en moins accessible, et sa qualité, sa densité énergétique, de plus en plus faible. Nous allons donc finir par manquer de pétrole beaucoup plus vite qu’on ne le pense et notre niveau de vie va chuter irrémédiablement. 

« Lorsque le surplus d’énergie décroît, comme il le fait aujourd’hui, c’est-à-dire lorsqu’il faut de plus en plus d’énergie pour extraire et fournir de l’énergie – bref, lorsque l’énergie nette diminue –, la croissance ralentit, puis l’économie décline. » Yves Cochet – Devant l’effondrement – Essai de collapsologie – Les Liens qui Libèrent, Septembre 2019 

Il ne serait donc pas très étonnant que dans les prochaines années le pétrole finisse par être rationné ou réservé à certains usages considérés comme prioritaires (production agricole et approvisionnement alimentaire ? chauffage ? fonctionnement du système sanitaire ?) avec nécessairement une limitation des transports (et donc des vols, des voitures…), de l’industrie et du commerce, et forcément un impact gigantesque sur la totalité de nos activités. La pénurie du « sang » de notre économie s’accompagnera inévitablement de tensions voire de ruptures en matière de transport, de logistique et d’approvisionnement des supermarchés dans les villes… Non, les trois-quarts de l’humanité n’habiteront pas en milieu urbain en 2050, nous allons plutôt connaitre un exode urbain massif ! 

L’un des risques de la future pénurie d’énergie est l’augmentation de la déforestation pour compenser… Eh oui, avant de découvrir le charbon, les humains brulaient d’énormes quantités de bois et c’est pour mettre fin à cette activité estimée dangereuse (l’extermination des forêts) que nous nous sommes tourné·e·s vers le charbon, en ignorant à l’époque les impacts climatiques inhérents à l’émission des gaz à effet de serre. Puis, nous avons découvert l’or noir. Outre sa formidable densité énergétique, sans équivalent, le pétrole pouvait être pompé et transporté en se passant des mineurs et des conflits sociaux et grèves associé·e·s à l’exploitation du charbon, comme le raconte parfaitement l’excellent documentaire L’homme a mangé la Terre de Jean-Robert Viallet (disponible sur la boutique Arte).

La non-substituabilité du pétrole 

Pour bien appréhender l’extraordinaire puissance des énergies fossiles, et notamment celle du pétrole, une image forte est particulièrement parlante. Savez-vous que, pour profiter de notre niveau de confort actuel en France, nous sommes toutes et tous, sans le savoir, des esclavagistes en puissance ? En effet, comme le rappelle souvent dans ses interventions Jean-Marc Jancovici, ingénieur spécialiste des questions énergétiques, chaque Français·e – donc vous comme moi – utilise annuellement une quantité d’énergie (transports + agriculture + industrie + résidentiel) équivalent au travail que fourniraient 400 à 500 humains adultes en bonne santé travaillant 210 jours par an. Nous avons donc chacun·e 400 à 500 esclaves (fictifs) énergétiques à notre disposition ! Aucun pharaon, aucun sultan, aucun empereur, aucun roi, n’a jamais eu autant d’esclaves directement à son service. Autrement dit, la formidable densité énergétique des énergies fossiles nous a permis de vivre plus que largement au-dessus de nos moyens, en nous habituant à un confort absolument non soutenable. 

« Un Français a l’équivalent de 400 à 500 esclaves à sa disposition 24 heures sur 24 ! […] En bref, aujourd’hui, l’énergie mécanique ne vaut pas cher, elle ne vaut rien, et son abondance a fait du plus minable des Occidentaux un nabab au regard de ce qu’étaient les conditions matérielles d’un « Français moyen » du 19è siècle. Qui avait les moyens, avant que charbon, pétrole et gaz – et marginalement le reste – n’envahissent nos vies, de se payer avec le seul fruit de son travail « normal » l’équivalent de cinq cent domestiques pour se déplacer, se nourrir, se divertir, faire sa cuisine et sa vaisselle, et j’en passe, ce qui est maintenant la condition de M(me). « tout le monde » ? Le roi, et encore ! […] La conclusion de cette affaire est évidemment indicible en démocratie : ce n’est pas seulement le mode de vie de M. Dassault ou de la Reine d’Angleterre qui est devenu « non durable » si nous nous mettons sur le terrain de la physique, mais bien celui de chacun(e) d’entre nous, ouvrier(e)s d’usine, agents de nettoyage et caissier(e)s de supermarché compris. […] Il y a quand même une bonne nouvelle : une division de l’énergie fossile consommée par 4 dans l’Hexagone, ce qui est nécessaire pour régler le problème climatique, signifie encore, à technologie constante, une bonne centaine « d’équivalent esclave » par Français. Ce ne serait pas vraiment le retour à l’âge de pierre, contrairement aux affirmations de certains ! » Jean-Marc Jancovici – « Combien suis-je un esclavagiste ?» – jancovici.com

Nombreux·euses sont celles et ceux qui pensent que nous pouvons remplacer les énergies fossiles par les énergies renouvelables. Pourtant, ces « essences » de substitution représentent une fausse solution pour remplacer notre carburant principal.  

Aucune des énergies renouvelables n’a une densité énergétique, une puissance, comparable à celle du pétrole (1,6:1 pour le solaire à concentration aux États-Unis, 2,5:1 pour le photovoltaïque en Espagne). 

Second point faible et non des moindres : les énergies renouvelables sont intermittentes. Il n’y a pas de soleil la nuit et le vent ne souffle pas en continu. Par conséquent, elles posent un problème de stockage, paramètre souvent éludé par leurs promoteurs. Cet inconvénient, non négligeable, diminue considérablement le TRE annoncé généralement. En tenant compte de l’intermittence de l’énergie éolienne et de la nécessité d’y associer un dispositif de stockage, le TRE a priori intéressant de 18:1 dégringole littéralement à 3,8:1 !

« Les énergies renouvelables ont des caractéristiques physiques qui sont très inférieures à celles du pétrole, et même par rapport au gaz et au charbon. Pour les plus « en vogue », éolien et solaire, elles sont intermittentes et non pilotables, en plus d’utiliser des sources diffuses.
Historiquement, le vent est une énergie qui fut utilisée pour mettre en place la marine à voile et les moulins. À cette époque-là, ces infrastructures ont servi à une production qui était stockable, c’est-à-dire la farine ou les marchandises transportées. Si le vent est intermittent mais que la farine est stockable, l’intermittence n’est pas trop grave. 
En revanche, comme l’électricité est par définition un électron en mouvement, et que donc par définition on ne peut pas la stocker (sans la transformer en autre chose), l’intermittence devient très gênante. Ainsi, si on veut remplacer un système électrique centralisé quel qu’il soit (charbon, gaz ou nucléaire) par un système non pilotable, avec les capacités de stockage qui vont avec, on se rend compte que ça demande entre 5 et 40 fois les investissements du système centralisé, et une consommation de ressources non énergétiques (métaux, ciment, espace au sol) multipliée par un facteur voisin, ce qui est hors d’atteinte. » Jean-Marc Jancovici « On ne peut plus éviter la totalité des claques » – Mr Mondialisation, 22 mars 2019

Enfin, il convient de ne pas oublier que les énergies renouvelables sont hyper dépendantes du pétrole pour l’extraction, le raffinage et le transport des matériaux qui entrent dans leur composition d’un côté, tout comme pour la fabrication et l’acheminement des batteries électriques, des panneaux photovoltaïques et des éoliennes de l’autre. Or, il ne reste pas assez de pétrole pour développer massivement des énergies renouvelables susceptibles de remplacer le pétrole. Notre dépendance à l’or noir est bel et bien absolue… Le pétrole n’est pas substituable !

« Les énergies renouvelables n’ont pas assez de puissance pour compenser le déclin des énergies fossiles, et il n’y a pas assez d’énergies fossiles (ou minerais) pour développer massivement les énergies renouvelables de façon à compenser le déclin annoncé des énergies fossiles. » Pablo Servigne et Raphaël Stevens – Comment tout peut s’effondrer – Seuil, 2015

Et le nucléaire ? 

« Dans les alternatives aux fossiles, vous n’en avez que trois : économiser l’énergie, utiliser des renouvelables et utiliser du nucléaire. » Jean-Marc Jancovici « On ne peut plus éviter la totalité des claques » – Mr Mondialisation, 22 mars 2019

Que penser du nucléaire ? C’est LA question taboue par excellence, surtout en France, le pays où cette énergie, symbole de souveraineté, a un statut si singulier. Je dois avouer en toute transparence avoir longtemps pensé que cette énergie était la plus dangereuse. Forcément, le nucléaire fait immédiatement penser à Hiroshima et Nagasaki, Tchernobyl et Fukushima. 

Entre l’horreur inqualifiable de son utilisation militaire et les dommages inévitables de son exploitation civile, le nucléaire n’est pas vraiment l’énergie la plus rassurante qui soit. Et nous pourrions ajouter les incroyables dégâts occasionnés par les essais nucléaires, tout comme les risques associés à l’arme nucléaire dans les mains de pays comme l’Inde, le Pakistan, Israël, la Corée du Nord l’Iran – mais… est-ce plus rassurant de savoir que Trump, Johnson, Xi Jinping, Poutine ou Macron peuvent appuyer sur le bouton fatal ? – ou encore la question sensible et insoluble des déchets nucléaires. Grâce à Jean-Marc Jancovici, j’ai compris que si l’énergie nucléaire n’était pas la panacée – il n’y en a pas ! – elle pouvait être infiniment moins dangereuse pour la vie sur Terre (et donc la nôtre) que l’exploitation des énergies fossiles ou celle des énergies renouvelables. En effet, son raisonnement est aussi simple qu’implacable. Il avance essentiellement deux raisons. Premièrement, les risques d’explosion d’une centrale en France sont très faibles (Quid des autres centrales en activité dans les autres pays ?), leur sécurité étant infiniment plus grande que celle de Tchernobyl ou Fukushima. Deuxièmement, l’enfouissement des déchets dans le sol est un risque bien moins élevé que celui de continuer d’accroitre nos émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Non seulement leur toxicité est moins longue dans le temps, mais en plus l’impact n’est pas le même. L’accélération du réchauffement climatique étant un péril bien plus immédiat et dramatique !

« Je sais que ma position est iconoclaste pour de nombreux écologistes. Mais si tout ce que je laisse à mes enfants ce sont des déchets radioactifs, cela me va très bien. En France, on chiffre aujourd’hui ces déchets à 2 ou 3 grammes par habitant et par an. 500 fois moins que les phytosanitaires (pesticides), qui sont d’une toxicité aiguë à peu près équivalente pour certains. Je ne nie pas évidemment le risque d’accident nucléaire. Mais, et pardonnez-moi de parler crûment, les dommages d’un accident sont moindres que ceux que nous font courir la bombe climatique ». Jean-Marc Jancovici – Nouvel Observateur, 2007

Dans notre logique énergivore – donc écocidaire et suicidaire – actuelle une sortie rapide du nucléaire impliquerait de compenser par des énergies fossiles, notamment le charbon comme l’ont fait nos voisins allemands. En matière de lutte contre le réchauffement climatique, il y a peut-être mieux à faire, non ? 

Dans le cadre d’une véritable stratégie de décroissance énergétique – autant la programmer et l’accompagner puisqu’elle est inévitable – le nucléaire pourrait représenter la moins mauvaises des solutions en amont de la phase finale de l’effondrement pour une société souhaitant limiter au maximum les émissions de GES, tout comme en aval pour une société low-tech. À condition bien entendu d’avoir imaginé et initié une telle stratégie avant le « crash » de notre civilisation et d’avoir encore suffisamment de pétrole pour aller chercher l’uranium et en approvisionner nos centrales.

« Le solaire et le vent seront encore plus compliqués à maintenir que le nucléaire dans une société lowtech. Si ces énergies sont renouvelables, les dispositifs de capture et la gestion de l’intermittence ne le sont absolument pas. Il faut de la métallurgie, de la chimie, et une industrie mondialisée pour les avoir pour pas cher. Avec les métaux dont nous disposons en France, on ne réussira pas à fabriquer tout cela de manière locale. Le grand paradoxe, c’est que le nucléaire a besoin de moins d’importations et de moins de high-tech pour fonctionner correctement. Il y a beaucoup moins de matériaux composites dans un réacteur un peu rustique que dans une éolienne ou dans un panneau solaire. Il est vrai que l’on a besoin d’un peu d’hydrocarbures pour aller chercher de l’uranium dans la mine, mais beaucoup moins, par kWh, que pour faire du solaire stocké. Pour ce qui est de la résilience dans un contexte économique défavorable, prenons un exemple qui est important à mon sens. En 1986, en Ukraine, il y a un réacteur qui a fait des choses qu’on n’attendait pas vraiment de lui, ce qui a provoqué l’accident de Tchernobyl. Depuis, l’Ukraine a doublé sa production nucléaire, dans un pays qui s’est pourtant effondré économiquement après la chute du mur, et qui a vécu ces dernières années dans un état de quasi-guerre. Pour le moment – bien évidemment, ce n’est pas un gage pour l’avenir – il n’y a pas eu d’accident, et ce en dépit du contexte. L’idée que le nucléaire est nécessairement incapable de résister à une contraction forte du PIB n’est donc pas accréditée par cet exemple grandeur nature. » Jean-Marc Jancovici « On ne peut plus éviter la totalité des claques » – Mr Mondialisation, 22 mars 2019

L’arrêt progressif des centrales implique impérativement de répondre à trois questions cruciales :

1. Comment assurer l’indispensable refroidissement des centrales dans de graves conditions de pénuries d’eau – multiplication des cours d’eau à sec en raison de la sécheresse – de plus en plus fréquentes ? 

2. Comment arrêter les réacteurs en urgence dans le cas d’une longue coupure d’électricité ?

« Plus dramatique encore, des pannes d’électricité trop longues, couplées à des ruptures d’approvisionnement en pétrole, pourraient gêner les procédures d’arrêt d’urgence des réacteurs nucléaires. Car – faut-il le rappeler – il faut des semaines, voire des mois de travail, d’énergie et de manutention pour refroidir et éteindre la plupart des réacteurs… » Pablo Servigne et Raphaël Stevens –  Comment tout peut s’effondrer

3. Comment garantir l’impérieuse transmission du savoir relatif au fonctionnement des centrales et à la gestion des déchets ? 

« Sans le savoir technique déjà accumulé, comment feront les générations futures pour tenter de traiter la toxicité des déchets que notre génération a produits ? Voilà une question cruciale qui ne se pose que dans le meilleur des cas, celui où les réacteurs actuellement en fonctionnement auront pu être arrêtés avec succès. En effet, non seulement les instabilités géopolitiques et le réchauffement climatique menacent gravement le fonctionnement normal des réacteurs (terrorisme, conflits armés, manque d’eau pour le refroidissement, inondations, etc.), mais, en cas d’effondrement financier, économique puis politique des régions nucléarisées, qui pourra garantir le maintien en poste des centaines de techniciens et d’ingénieurs chargés de la simple extinction des réacteurs ? » Pablo Servigne et Raphaël Stevens –  Comment tout peut s’effondrer – Seuil, 2015

Inutile de vous dire que ces petits « détails » ne sont absolument pas étudiés par nos politiques…

Pertinente quant à la dangerosité immédiate, l’analyse de Jean-Marc Jancovici n’est donc rassurante qu’à deux conditions à mes yeux : ces questions doivent avoir été anticipées (aïe…) et il nous faut espérer que les chocs liés à la phase terminale de l’effondrement n’anéantissent pas définitivement toute organisation sociétale à même de répondre aux trois typologies de périls évoquées.

À ce jour en France, seul l’arrêt de la centrale de Fessenheim, la doyenne française, a été enclenché, après 43 ans d’activité, avec l’arrêt du premier réacteur le 22 février 2020 et le débranchement du deuxième réacteur le 30 juin 2020. Le démantèlement est programmé en 3 étapes – en dehors de toute considération relative à l’effondrement, évidemment non envisagé, le contraire eut été surprenant – sur une durée totale de… 20 ans ! 5 ans pour la mise à l’arrêt définitif : retrait du combustible, vidange des circuits de la centrale, démontage des installations non nucléaires afin d’éliminer 99% de la radioactivité du site. 15 ans pour le démantèlement partiel : démontage de tous les équipements et des bâtiments (à l’exception du bâtiment réacteur), isolement des réacteurs placés sous surveillance, conditionnement des déchets avant leur acheminement vers les centres de stockage. Enfin, peut commencer la dernière étape, celle du démantèlement total : démontage entier du bâtiment réacteur et évacuation des matériaux et équipements radioactifs, assainissement du terrain pour éliminer toute trace de radioactivité. Comment imaginer que ces 3 étapes puissent se dérouler sans accroc une fois que l’effondrement systémique global aura eu lieu ???

J’ai bien peur que les doutes exprimés par Pablo Servigne et Raphaël Stevens ne soient parfaitement lucides et la vision noire d’Yves Cochet – dans son livre Devant l’effondrement – particulièrement clairvoyante :

« Notre affirmation initiale sur l’absence de nucléaire en 2050 mérite réflexion dans la perspective de l’effondrement. En effet, certains éléments radioactifs utilisés dans cette filière demeurent radioactifs très longtemps, et le resteront bien au-delà de 2050. Il se pourrait donc que, lors de la débâcle des services, la sécurité et la sûreté des 450 réacteurs nucléaires existants dans le monde – dont 58 en France aujourd’hui – deviennent défaillantes par manque de personnel. Cette hypothèse n’a jamais été envisagée par les thuriféraires du nucléaire. Pourtant, l’édification, la conduite et la surveillance de la filière nucléaire réclament un certain type de société, à la fois très technologique, très sécurisée et très stable sur le long terme.
On peut considérer comme une chance que, depuis soixante ans, aucun conflit, aucun attentat dans le monde n’ait affecté de zones munies d’installations nucléaires. Mais qu’en sera-t-il au cours du XXIème siècle ? Qui a parié que la France, ou les États-Unis, ou la Russie, ou la Chine, ou l’Inde, ou le Japon, ou tout autre pays nucléarisé, demeureront des sociétés technologiques, sécurisées et stables pendant encore un siècle ? […]C’est pourtant mal connaître l’âme humaine et l’histoire sanglante du XXe siècle, s’aveugler devant les bouleversements qui s’annoncent face aux déséquilibres croissants entre les régions du globe, rêver innocemment à un monde de paix et de fraternité comme il n’en a jamais existé, que de croire possibles la poursuite et le développement du nucléaire sans désastres majeurs, qu’ils soient civils ou militaires, fortuits ou volontaires.
Que deviendrait un réacteur nucléaire laissé à lui-même – c’est-à-dire sur un territoire effondré, sans personnel de contrôle, de sûreté et de sécurité, et sans électricité ? À la suite des catastrophes de Tchernobyl (1986) et de Fukushima (2011), il est possible de prédire que la réaction en chaîne qui, en fonctionnement ordinaire, permet de fournir beaucoup de puissance s’arrêterait rapidement grâce à la descente gravitaire des barres de contrôle en quelques secondes, ce qui exclut, en principe, toute explosion de type bombe atomique (sauf dans les réacteurs comme celui de Fukushima, où ces barres sont placées au fond de la cuve !). La puissance résiduelle due à la radioactivité sans réaction en chaîne serait alors suffisante pour faire grimper la température jusqu’à plusieurs milliers de degrés et faire fondre le cœur en quelques heures. Se formerait ensuite un magma de métaux et minéraux fondus, le corium, qui pourrait traverser la cuve du réacteur, éventuellement engendrer une explosion de vapeur si de l’eau est présente. Une fois le fond de la cuve fondu, le corium pourrait percer ou faire exploser le bâtiment réacteur, et ainsi répandre quantité d’éléments radioactifs dans le milieu naturel.
Selon la dynamique de la catastrophe, la topographie des lieux et la météorologie, la dispersion de ces éléments serait plus ou moins étendue, pour des décennies. En outre, une autre source de dispersion que le corium serait simultanément activée : l’arrêt de refroidissement des piscines de stockage du combustible usagé ou neuf. Lorsque l’eau s’évaporerait – en quelques jours –, les barres de combustible s’échaufferaient jusqu’à s’enflammer ou fondre, avec la possibilité d’un dégagement d’hydrogène, par radiolyse de l’eau, produit par l’interaction avec le béton. Derechef, des explosions dispersives pourraient alors répandre des éléments radioactifs dans le milieu ambiant. Dans certaines régions de France, une contamination radioactive durable rendrait inhabitables, voire intraversables, les territoires concernés. Enfin, rien n’exclut une guerre nucléaire mondiale qui pourrait mettre fin, entre autres, à l’espèce humaine.
Dans les paragraphes qui précèdent, je me suis appliqué à employer des verbes au conditionnel et efforcé de fournir une description objective, sans pathos. Toutefois, je ne puis me retenir de souligner que cette dimension nucléaire de l’effondrement sera la plus terrifiante de toutes. 
»

Blackout ! 

Enfin, n’oublions pas que si l’électricité, omniprésente, semble si évidente, si « naturelle », elle est en réalité totalement artificielle et finalement assez fragile. Il nous faut vivre une privation à la suite d’une tempête, d’un ouragan ou d’un séisme pour que nous prenions conscience que nous avons bien du mal aujourd’hui à nous en passer. Mais, nous ne sommes pas à l’abri non plus de coupures d’électricité géantes, en dehors de tout événement météorologique ou incident climatique grave, en raison d’infrastructures et de réseaux de distribution de plus en plus sophistiqué·e·s et interconnecté·e·s. Peut-être avez-vous visionné l’une des vidéos partagées sur les médias sociaux montrant Paris complètement plongée dans le noir le 27 novembre 2019 en raison d’un incident technique intervenu sur un poste électrique de Cergy-Pontoise. Pendant quelques minutes, toutes les lumières de la capitale se sont éteintes, de la Tour Eiffel aux Grands boulevards, des Champs-Élysées à Montmartre. New-York, elle aussi, a connu une panne d’électricité géante le 14 juillet 2019, le jour anniversaire du «Blackout» de 1977, la coupure d’électricité gigantesque qui avait touché quasiment toute la ville pendant 25 longues heures ! Mais la palme 2019 de la méga-coupure électrique revient sans aucune hésitation à l’Argentine et à l’Uruguay qui partagent un système d’interconnexion électrique situé sur le barrage binational de Salto Grande, situé à 450 kilomètres au nord de Buenos Aires et à 500 kilomètres au nord de Montevideo. La panne géante du 17 juin 2019 a privé d’électricité près de 50 millions d’Argentins et d’Uruguayens pendant une dizaine d’heures ! Le Paraguay, le Chili et le sud du Brésil ont également été affectés. L’incident était dû à une panne du système de distribution. 

Lorsqu’une telle panne électrique survient, tout s’arrête : les lumières dans les logements, hôtels, auberges, bars, restaurants et commerces ; les lampadaires et les enseignes dans les rues, les feux de circulation, les ascenseurs, les escalators, les métros, tramways, trains et avions cloués au sol, les spectacles ; tous les appareils potentiellement vitaux dans les hôpitaux et cliniques (en espérant qu’ils soient bien équipé·e·s de générateurs de secours) ; les frigos et chambres froides ou tous les appareils électriques et électroniques (ceux munis d’une batterie peuvent encore fonctionner le temps de la charge)… Mais, de très nombreux dommages collatéraux aggravent rapidement la situation. Sans électricité, les pompes des stations service ne délivrent plus d’essence et les distributeurs plus de billets. Toute carte bancaire redevient un vulgaire morceau de plastique puisque les TPE (Terminaux de Paiement Électronique) ne fonctionnent plus. Les réseaux téléphoniques et internet sont également impactés. Les stations de radio et les chaines de télévision n’émettent plus… Last but not least : sans courant électrique vous pouvez faire une croix sur le chauffage (à l’exception des cheminées et poêles à bois) et sur l’alimentation en eau courante des habitations ! Alors forcément, si une telle panne devait durer plusieurs jours, c’est toute l’économie qui se retrouverait paralysée !

Dans son célèbre et brillant thriller Black-out, Marc Elsberg détaille tous ces impacts et dépeint avec maestro l’extraordinaire vulnérabilité du réseau électrique européen :

« « La Suède, la Norvège et la Finlande au nord, l’Italie et la Suisse au sud sont tombées, expliquait l’opérateur derrière lequel se tenait Jochen Pewalski. Y compris des parties des États voisins comme le Danemark, la France, l’Autriche, également la Slovénie, la Croatie et la Serbie. E.ON signale quelques pannes, Vattenfall et EnBW sont totalement dans l’orange. Les Français, les Polonais, les Tchèques et les Hongrois aussi. Plus quelques taches sur les îles Britanniques.»
Jochen Pewalski, directeur de la conduite réseaux pour Amprion, travaillait depuis plus de trente ans au sein du complexe situé non loin de Cologne, sorti de terre en 1928 pour servir de dispatching à l’ancienne compagnie d’électricité de la Rhénanie Westphalie (RWE), connu depuis longtemps sous le nom de « disjoncteur principal de Brauweiler ». L’écran gigantesque, de seize mètres sur quatre, zébré de lignes rouges, oranges et vertes, ainsi que ceux, innombrables, des postes de travail, lui rappelaient jour après jour la responsabilité qui lui incombait, ainsi qu’à ses équipes.
À Brauweiler, on surveille, aiguille et conduit l’intégralité du réseau de transport d’électricité de la société Amprion, l’un des quatre réseaux allemands les plus étendus, l’un des plus grands réseaux européens pour le 380 et le 220 kilovolts. On y coordonne en outre l’interconnexion entre les quatre grands gestionnaires de réseaux de toute l’Allemagne, ainsi qu’avec toute la partie nord-européenne du réseau d’électricité, et on en surveille l’équilibre entre production et consommation d’électricité. Il s’agit de la Belgique, de la Bulgarie, de l’Allemagne, des Pays-Bas, de l’Autriche, de la Pologne, de la Roumanie, de la Slovaquie, de la République tchèque et de la Hongrie.
Depuis la libéralisation du marché de l’électricité, il y a quelques années, les missions sont devenues de plus en plus importantes, et, simultanément, de plus en plus complexes. Aujourd’hui, l’électricité traverse presque toute l’Europe, depuis l’endroit où elle est produite jusqu’à celui où elle est consommée. Donner et prendre en permanence. Mais cet équilibre, précisément, venait de s’effondrer dans plusieurs parties de l’Europe.
 »

Cessons de vouloir à tout pris remplacer telle énergie qui serait polluante ou dangereuse par telle autre qui le serait moins. Toute énergie passe par une extraction de ressources, une pollution et des déchets, des dégâts écosystémiques et climatiques. La seule solution qui vaille réellement à mes yeux est d’accepter l’inéluctable descente énergétique, voire même de l’accélérer en réduisant considérablement nos besoins pour finir par nous en passer au maximum. 

« On aurait pu s’en douter, mais ce fait confirme la cécité des cornucopiens1 face aux réalités thermodynamiques du monde : le taux de croissance de la production planétaire d’énergie a franchi son maximum à la fin du XXème siècle et n’a cessé de décroître depuis. La production nette d’énergie elle-même va bientôt piquer et entamer son déclin terminal, de même que la qualité des énergies fossiles restantes. Compte tenu de l’importance première de l’énergie dans toute civilisation et de la folle exubérance de la consommation énergétique dans les pays industrialisés, ce seul facteur de décroissance de la quantité et de la qualité de l’énergie disponible suffirait presque à expliquer l’effondrement du monde au cours des prochaines années, ainsi que le vandalisme rival des années suivantes pour acquérir les deniers stocks de carburant liquide avant épuisement définitif. C’est pourquoi notre scénario n’envisage pas, vers 2050, d’autres disponibilité que certaines formes d’énergies renouvelables. Pas de fossiles, pas de nucléaire, pas d’électricité (même issue de renouvelables). La situation globale et locale est, de ce fait, intégralement renversée. En France, la consommation totale d’énergie primaire – aujourd’hui environ 250 millions de tonnes d’équivalent pétrole (Tep), soit 3,7 Tep par habitant et par an – sera sans doute divisée par vingt en 2050 compte tenu de la disparition de toutes les sources industrielles de production. Si l’effondrement systémique mondial imminent n’entraîne pas la disparition de l’espèce humaine, les habitants de la France dans la seconde moitié du XXIème siècle pourraient bénéficier de trois sources principales d’énergies renouvelables thermiques, produites localement : le bois de chauffage, le charbon de bois et le biogaz. Complémentairement, la domestication élémentaire de l’eau et du vent (roues à aube, moulins à vent), ainsi que l’utilisation d’animaux de trait (bœufs et chevaux), pourraient fournir un peu d’énergie mécanique. » Yves Cochet – Devant l’effondrement – Essai de Collapsologie – Les Liens qui Libèrent, Septembre 2019

Alors, oui, il nous faudra revenir à la bougie, au feu et faire à nouveau usage de nos muscles ! Et alors ?

« S’il n’y a pas de sursaut collectif anticipé, il est donc possible que, dans le grand silence du monde postindustriel, nous revenions à une situation bien plus précaire qu’au Moyen Âge. Et dans ce cas, ce seraient paradoxalement les partisans de la croissance effrénée qui nous auront tous fait revenir à « l’âge de pierre ». Ces chantres du « Progrès » ont vénéré la brève grandeur, cet esprit de la fête telle qu’elle a été pratiquée depuis deux siècles, sans lendemain, où l’intention était d’essayer de vibrer, bouger et crier toujours plus fort, pour oublier tout le reste, pour s’oublier. Il fallait toujours plus d’énergie, d’objets, de vitesse, de maîtrise. Il fallait toujours plus d’avoir. Aujourd’hui, pour eux, c’est la gueule de bois, la fête est finie ! Finalement, la modernité ne sera pas morte de ses blessures philosophiques postmodernes, mais faute d’énergie. Et si les amphétamines et les antidépresseurs ont été les pilules du monde productiviste, la résilience, la sobriété et les low-tech seront les aspirines de cette génération gueule de bois. » Pablo Servigne et Raphaël Stevens – Comment tout peut s’effondrer – Seuil, 2015

1 : Un cornucopien est un futurologue qui estime que les innovations technologiques permettront à l’humanité de subvenir éternellement à ses besoins matériels (Wikipédia).

Par une froide soirée d’hiver, le réseau électrique européen commence à lâcher. De nombreux pays s’enfoncent dans l’obscurité et plusieurs centrales nucléaires mettent en danger la vie de millions d’êtres humains. Menace terroriste ou défaillance technique ? Piero Manzano, ex-hacker italien, croit savoir qui est responsable. Avec l’aide d’un policier français d’Europol, François Bollard, Manzano s’engage dans une véritable course contre la montre face à un adversaire aussi rusé qu’invisible.

Un thriller éclairant qui n’a de cesse d’être rattrapé par la réalité. C’est ce qui le rend à la fois intéressant et effrayant. Blaise Gauquelin, Libération.

Un roman aussi apocalyptique que ludique (tant il appuie sur le ridicule de notre schéma énergétique). À lire avant qu’il ne soit trop tard. Hubert Artus, Lire.

Blakout – Marc Elsberg – Livre de poche

Les vidéos à voir absolument

À quand la rupture énergétique ?

Jean-Marc Jancovici – novembre 2017

L’énergie des conflits, les conflits de l’énergie 

Nicolas Meilhan, Francis Perrin et Philippe Sébille-Lopez – mai 2016

Pour aller plus loin…

Notre fiche pédagogique Effondrement

Notre fiche pédagogique Résilience

Notre kit pratique Risques systémiques

Notre kit pratique LowTech

(Bientôt disponible)

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