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FICHE PÉDAGOGIQUE

RÉSILIENCE

par Jean-Christophe Anna

Complexité, vulnérabilité et Résilience !

 

Notre civilisation thermo-industrielle est aussi incroyablement complexe et formidablement efficace qu’extraordinairement fragile et dramatiquement vulnérable. Telle une grosse machine parfaitement huilée, elle semble parfaitement fonctionner. Sauf que… tout est étroitement lié, formidablement interconnecté, dangereusement imbriqué ! Notre société mondialisée fonctionne à flux tendu sans aucun stock.

« Un. Toutes nos activités, jusqu’aux plus vitales, sont tributaires du bon fonctionnement continu de chaines logistiques à flux tendu hors de notre contrôle, qui nécessitent des transports dont 96% utilisent du pétrole. Si vous pensez que notre sécurité alimentaire, énergétique ou sanitaire est garantie par l’État, les collectivités, détrompez-vous. En cas de rupture d’approvisionnement de plus de quelques jours, nous sommes livrés à nous-mêmes. Deux. Nous dépendons d’infrastructures, réseaux de transport, de télécommunications, d’eau, de gaz, d’électricité, qui tous nécessitent un apport permanent de matériaux et d’énergie pour leur bon fonctionnement et leur maintenance. Trois. On a technologisé le monde. Mais, ce faisant, certes on l’a optimisé, mais on l’a surtout complexifié… et fragilisé. Nous voici vulnérables à des ruptures d’approvisionnement, des pannes, des hackers, des cyberterroristes, etc. » Arthur Keller – Designing lucid hopes for the future – TedX Toulouse 2019

 

Notre civilisation thermo-industrielle, extractiviste et productiviste, est une entreprise collective de destruction massive du vivant. Notre société est gouvernée par la finance et l’économie au détriment du social et de l’écologie, de l’humain et du vivant. Les conditions d’habitabilité de notre planète sont aujourd’hui gravement menacées et notre société est sur le point de basculer.

Jamais les périls n’ont été

  • aussi nombreux (biologique, énergétique, technologique, climatique, alimentaire et hydrique, sanitaire, financier, économique, social, politique, culturel),

  • aussi inquiétants (chacun de ces dominos est actuellement en équilibre précaire),

  • et aussi étroitement imbriqués…

    … si bien que notre civilisation est en train de s’effondrer.

La France n’est évidemment pas épargnée. Si nous n’anticipons pas, si nous ne nous préparons pas aux risques systémiques, certains territoires pourraient rapidement devenir inhabitables, invivables, irrespirables, bien plus vite qu’on ne le pense et pas uniquement pour des raisons climatiques. Nous n’avons pas 30 ans ou 10 ans pour modifier tranquillement nos modes de vie. Les prochaines années (2020-2025) seront capitales !  

Face aux innombrables chocs à venir, il nous faut impérativement co-construire toutes et tous ensemble une résilience commune, collective, globale dans tous les domaines : hydrique et alimentaire, biologique et climatique, énérgétique et technologique, sociale et politique, économique et financier, sanitaire et sécuritaire.

Ainsi, nous pourrons résister, nous adapter, nous transformer et inventer une autre façon de vivre, plus respectueuse du vivant, humainement juste et réellement démocratique.

Résilience ? Définition(s)

« La résilience est cette capacité qu’a un système de maintenir ses principales fonctions malgré les chocs, y compris au prix d’une réorganisation interne. Que le système soit la société, la ville, la maison ou nous-mêmes, les principes sont sensiblement les mêmes. La résilience peut être collective (territoriale) ou individuelle (psychologique). Il est certes trop tard pour bâtir un « développement durable », mais il n’est jamais trop tard pour construire des « petits systèmes résilient » à l’échelle locale qui permettront de mieux endurer les chocs économiques, sociaux et écologiques à venir. » Agnès Sinaï, Raphaël Stevens, Hugo Carton, Pablo Servigne – Petit traité de résilience locale – Éditions Charles Leopold Mayer, 2015

« La résilience est la capacité collective à résister à des chocs pour des humains en interface avec un environnement naturel. » Arthur Keller

Les 6 symboles de la résilience

« Un système résilient sait faire face à l’imprévu. Mieux, il absorbe ces changements, les intègre et peut évoluer à plus long terme. Il est donc à la fois persistant (son identité, ses fonctions) et souple au point d’être capable de naviguer dans les turbulences, voire de se transformer lorsque la situation l’exige. En bref, il sait changer pour durer. Pour mieux se représenter les différentes qualités d’un système résilient, aidons-nous de six symboles bio-inspirés. Chaque symbole représente une facette de la résilience. Toutes les facettes ne sont ni nécessaires ni exclusives ; simplement, plus un système côtoie ces symboles, plus il a de chances d’être résilient.

  1. La toile d’araignée est robuste, mais pas solide. Elle est souple, mais pas fragile.
  2. Le caméléon s’adapte aux situations. Il se fond dans la paysage en un instant en modifiant la couleur de ses pigments.
  3. Le roseau récupère facilement. Il plie, mais ne rompt pas, et revient à son état initial sans dommages après les turbulences, quelles que soit la force du vent.
  4. La colonie de fourmis répond rapidement et spontanément grâce à l’auto-organisation et à l’intelligence collective.
  5. La chenille se transforme en papillon.
  6. Le coelacanthe est persistant. Il a adapté son anatomie pour rester compatible avec son environnement. On peut le considérer à ce titre comme le symbole de la soutenabilité.

Toutes ces caractéristiques – la robustesse, l’adpatation, la récupération, la réactivité, la transformation, la persistance – forment un bouquet relativement flou et complexe. Elles décrivent cependant assez bien la résilience. Mais la raison peine à bien cerner ce concept, qui fait davantage appel à l’intuition.

Certains mots-clé peuvent être utilisés pour décrire un système résilient. Des verbes d’abord : absorber, affronter, répondre, prévenir, récupérer, réparer, s’adapter, persister, se transformer, s’auto-organiser… mais aussi des termes comme robustesse, intelligence collective ou soutenabilité.

Certaines de ces notions semblent contradictoires et font naître ce qu’Edgar Morin appelle des dialogiques, c’est-à-dire des notions (ici la résilience) contenant deux ou plusieurs logiques communes sans que leurs dualités se perdent. Les logiques opposées se fondent l’une dans l’autre, elles sont nécessaires l’une à l’autre, elles coopèrent et interagissent les unes avec ou contre les autres. C’est le cas, par exemple, de persister/changer, stabilité/agilité ou robustesse/vulnérabilité. Les notions sont à la fois complémentaires (pour être robuste, il faut connaître ses vulnérabilités) et antagonistes (être trop vulnérable, c’est manquer de robustesse).

La notion de résilience reflète donc bien la complexité du monode réel dans lequel des logiques s’affrontent et/ou se complètent en permancence. Comme en témoignent les six caractéristiques proposées ci-dessous (qui ne doivent pas être prises comme des définitions, mais bien plus comme des balises pour cerner le concept), la résilience est une notion aux milles visages.

[…] 

La résilience communautaire (celle des communautés humaines locales) vise à coupler les capacités de réaction (fourmis) et d’adaptation (caméléon) à des efforts visant la transformation (chenille) de la structure communautaire afin d’absorber les chocs lorsqu’ils se présentent (araignée) et d’atténuer des événements futurs (roseau, coelacanthe). Cela convient aussi bien à des contextes de préparation avant une catastrophe ou à des efforts de récupération après une catastrophe. Il est important de souligner que cette conception très complète (et très complexe) de la résilience s’applique uniquement à des petites échelles (communautés locales), eu égard à l’insaisissable complexité des grands systèmes humains ou socio-écologiques. »

 

(Source : Agnès Sinaï, Raphaël Stevens, Hugo Carton, Pablo Servigne – Petit traité de résilience locale – Éditions Charles Leopold Mayer).

La résilience commune

« Selon nous, la résilience commune est la somme de la résilience globale d’une société, des résilience locales des biorégions qui la composent et des résilience intérieures des individus qui y habitent. C’est aussi (car le tout est plus que la somme des parties) une éthique qui fonde un socle de valeurs communes, et que l’on pourrait trouver dans le grand mouvement mondial pour la refondation des biens communs ou dans le mouvment du convivialisme, pour ne citer que deux exemples parmi les plus enthousiasmants. 

L’enjeu de ce que nous nommons la « résilience commune » est de tisser des réseaux d’entraide débordant de ressources, décentralisés, autonomes, capapbles de se mobiliser rapidement en cas de besoin, et ouverts à celles et ceux qui cherchent à anticiper les chocs systémiques. La résilience commune vise l’autonmie de tous les individus et de leurs communautés locales respectives, puis, via un maillage étroit, l’autonomie de biorégions bien plus vastes. Il faudra veiller à conserver et à favoriser le tissu social, les liens d’entraide et de solidarité, avec une bienveillance particulière envers le étrangers et envers ceux qui ont le plus de difficultés à gagner leur propre autonomie.

Cependant, cela implique que nous reconnaissions au préalable que la résilience dépend à la fois de ce que nous jugeons collectivement indispensable à notre survie et de la façon dont nous allouons nos ressources. C’est pourquoi nous estimons que la conception d’une résilience commune doit nécessairement passer par une réflexion approfondie sur nos moyens de subsistance individuels et collectifs qui tienne compte des besoins et droits humains fondamentaux. Ainsi, les relations de pouvoir, les questions d’inégalités et de justice sociale ou l’accès aux ressources, qui sont aujourd’hui encore trop souvent absents des approches non différenciées de la résilience, pourront être débattus et arbitrés collectivement. 

La construction de « petits systèmes résilients » pourra alors s’envisager dans le contexte plus large d’une transformation positive de la société en allant au-delà des discours scientifiques, techniques ou institutionnels qui n’entrent que très peu en résonance avec les pratiques quotidiennes des citoyens « ordinaires », et en particulier des plus démunis. »

 

(Source : Agnès Sinaï, Raphaël Stevens, Hugo Carton, Pablo Servigne – Petit traité de résilience locale – Éditions Charles Leopold Mayer).

Résilience… À quelle échelle ?

Pour Arthur Keller, la résilience est « la capacité collective à résister à des chocs pour des humains en interface avec un environnement naturel. »

Cette résilience passe par la préparation, l’anticipation et l’adaptation à une nouvelle configuration, à de nouvelles règles de fonctionnement, tout en conservant des bases (vitales) de vie en société.

« On n’attend pas d’avoir la certitude que le navire va couler pour y mettre des chaloupes ! »

La résilience d’un humain tout seul est impossible :

  • un survivaliste est vulnérable en cas d’attaque.
  • un riche est vulnérable par rapport à ses gardes armés susceptibles de se retourner contre lui.

La résilience (micro-locale) d’un éco-village est également impossible :

  • il est vulnérable en cas d’arrivée (même non hostile) de migrants internes (exode urbain) ou externes (migrations climatiques),
  • il est vulnérable en cas d’attaque de groupes armés d’origine interne ou externe

La résilience efficace est territoriale, multi-locale, en maillage, en réseau : un archipel d’îlots ou une flottille de canaux de sauvetage, de chaloupes, des microsociétés communiquant entre elles au niveau d’un bassin de vie, d’une biorégion.

Résilience… comment l’organiser ?

Arthur Keller expose 4 étapes : Résilience, Relience (solidarité, maillage), Résistance (refuser un certain nombre de choses) et Imaginaire commun (espoir lucide).

Selon lui, les fondamentaux de la résilience sont  :

  • le « tampon » (réserves, stocks),
  • les « barrières » (remparts),
  • le « contrôle et le partage de l’information » (réseau d’échanges et de communication),
  • le « réseau » (faire ensemble),
  • la « décroissance des flux : revoir à la baisse ses besoins en matériaux, en énergie… » (les revoir à la basse),
  • la démocratie.

Résilience… les précautions de base.

Stress hydrique, rupture des approvisionnements alimentaires, pénurie énergétique, coupure électrique, épidémie, krach boursier, crise économique, sécurité… comment nous y préparer individuellement – à l’échelle de la famille – et collectivement – à l’échelle communale et multi-locale ?

Kit pratique - Risques systémiques

Les livres incontournables

Résilience alimentaire et sécurité nationale

Stéphane Linou – 2019

thebookedition

Petit traité de résilience locale
Agnès Sinaï, Raphaël Stevens, Hugo Carton, Pablo Servigne – 2018

Éditions Charles Leopold Mayer

Face à l’effondrement, si j’étais maire ?

Alexandre Boisson et André-Jacques Holbecq

Éditions Yves Michel

Les vidéos à voir absolument

Petit manuel de résilience

La résilience alimentaire par Stéphane Linou – 2 septembre 2019

Demain-Vendée

Conférence résilience locale – 23 janvier 2020

Plan(s) B

Presson Mignerot Boisson Keller Farhangi – Anticiper l’avenir (localement) – 14 mars 2020

Plan(s) B

Résilience : les villes ne sont pas prêtes à affronter les risques systémiques – 7 mai 2020

Tera, Pourgues et le Moulin de Busseix : trois écovillages sur le chemin de la résilience

Pour apprendre à être plus résilient.e.s face aux effondrements, le Youtuber Demos Kratos a rencontré les habitant.e.s de trois écovillages qui nous transmettent leurs expériences.

Pour aller plus loin…

D’autres fiches pédagogiques susceptibles de vous intéresser !

Biorégionalisme

(Bientôt disponible)

Capitalisme/marxisme

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Municipalisme

(Bientôt disponible)

Communs

(Bientôt disponible)

D’autres ressources utiles pour poursuivre la réflexion et passer à l’action.

Annuaires

Écovillages, villages engagés vers l’autonomie, ZAD, fermes bio, ressourceries, monnaies alternatives…

Médiathèque

Livres, guides pratiques, magazines, médias online, documentaires, films, chaines YouTube, podcasts, séries…

Kits

Résilience alimentaire, sobriété énergétique, purification de l’eau, low-tech, stocks, plantes médicinales, secourisme…

Formations

Permaculture, botanique, art de vie sauvage, orientation, construction naturelle, communication bienveillante… 

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