Fiche Pédagogique

Écologie radicale

par Jeanne Sorin

Écologie radicale


L’écologie radicale désigne un large mouvement écologiste, soutenant que toutes les espèces vivantes ont la même valeur en soi et dénonçant la place que s’est accordé l’humain au détriment des autres espèces. L’écologie radicale prend les problèmes à la racine. Par définition, le mot radical signifie ce qui est relatif à la racine, à l’essence de quelque chose.

L’écologie radicale rassemble plusieurs organisations et mouvements, n’étant pas affiliés les uns aux autres, mais qui ont des pensées similaires. Dans cette fiche, nous nous sommes principalement inspiré·es des points de vue de Deep Green Resistance (DGR) et de Floraisons, qui expliquent l’écologie radicale avec un raisonnement bien articulé.

 

  • Deep Green Resistance (DGR) : C’est un mouvement international dont les buts sont la restauration des écosystèmes et le démantèlement de la civilisation industrielle. DGR est à la fois un mouvement et une organisation d’écologie féministe radicale, biocentrée, technocritique et mixte.
  • L’équipe « Floraisons » (blog et podcast) : Leur but est de lutter contre la culture dominante grâce à une culture de résistance. Floraisons soutient l’écologie, le féminisme, l’anarchisme, l’antiracisme.

Selon les termes de Floraisons « La civilisation industrielle détruit, exploite, aliène et transforme le monde vivant en zones mortes, en marchandise ou en déchet. » De plus, « la culture dominante détruit la nature, érotise et glorifie la domination, en particulier sur les femmes ».

Selon les termes de DGR « La vie sur Terre est plus importante que cette culture démente et temporaire, fondée sur une hyper-exploitation des ressources finies. Cette culture doit être détruite avant qu’elle ne consume toute vie sur Terre. »

Les objectifs majeurs de ces mouvements et équipes sont de démanteler la civilisation industrielle, sa structure, ses hiérarchies, ses valeurs et son idéologie.

Plan de la Fiche

  • Les constats de l’écologie radicale
  • La civilisation industrielle : l’origine du problème
  • L’écologie radicale parle de « guerre menée contre le vivant »
  • La structure et les valeurs du système actuel
  • L’écologie radicale propose d’agir
  • Les livres incontournables
  • Les vidéos à voir et podcasts à écouter
  • Les sources
  • Pour aller plus loin

Pour une écologie radicale
Floraisons – Mars 2020

Les constats de l’écologie radicale

Les humains sont à l’origine de la disparition de nombreuses espèces et de l’appropriation de toutes les ressources. Cela entraîne un très grand appauvrissement du Vivant, ce qui menace également l’espèce humaine et la possibilité de continuer à vivre sur la Terre. En effet, la biodiversité est un facteur de survie. En cas de changement des conditions environnementales, la vie a plus de chance de s’adapter si les espèces sont nombreuses et variées. Pour les écologistes radicaux·ales, ce qui cause la destruction massive du Vivant, c’est la civilisation industrielle.

Le site DGR recense des faits, qui justifient l’existence de leur mouvement :

« La civilisation industrielle est en train d’exterminer toute la vie sur notre planète,
entraînant l’extinction de 200 espèces par jour,
et elle ne s’arrêtera pas de son plein gré. »

« Le réchauffement climatique a lieu en ce moment même, à une vitesse vertigineuse.
La seule solution honnête est d’empêcher la civilisation industrielle d’extraire plus d’énergies fossiles. »

« L’essentiel de la consommation est fondé sur une violence contre les peuples (humains et non-humains)
et sur la dégradation des territoires à travers le monde.
»

La civilisation industrielle : l’origine du problème

Pour les écologistes radicaux·ales, la civilisation industrielle est donc à l’origine de tous les maux. Les problèmes liés à l’environnement auraient commencé avec la sédentarisation et l’agriculture.

Au moment de la sédentarisation, certains humains ont imposé une logique d’expansion et de colonisation dans leur environnement. C’est ainsi que, rapidement, les « civilisés » se sont considérés comme étant supérieurs au reste du Vivant (environnement, animaux, autres humains). C’est avec cette façon de penser qu’ils se sont peu à peu appropriés toutes les ressources naturelles.

La civilisation industrielle reposant sur l’agriculture, a pour but de nourrir exclusivement les humains (et les animaux, mais dans le but de nourrir les humains ensuite). Cela a de graves conséquences, notamment sur la destruction des sols et l’augmentation exponentielle de la population mondiale. Les humains se sont eux-mêmes rendus dépendants de l’agriculture qui détruit la planète. Cette civilisation industrielle est dans une logique de conquête et d’occupation, renforçant le patriarcat et l’esclavagisme.

Pour survivre, la civilisation se base sur le pouvoir, la hiérarchie, un système de valeur et sur la croissance.

L’écologie radicale parle de « guerre menée contre le Vivant »

Pour faire prendre conscience des dommages causés par la civilisation sur le Vivant, Derrick Jensen, fondateur de DGR, s’exprime :

« Que feriez-vous si des extraterrestres avaient envahi la planète, s’ils vidaient les océans, rasaient les forêts naturelles, construisaient des barrages sur toutes les rivières, modifiaient le climat, contaminaient à l’aide de dioxine et d’une multitude de produits cancérigènes le lait maternel, la chair de vos enfants, de votre compagne ou compagnon, de vos parents, de vos frères et sœurs, de vos amis, ainsi que la vôtre ? ».

Selon le podcast Pour une écologie radicale de Floraisons, la guerre menée contre le Vivant ne peut s’arrêter si l’on continue de s’identifier à son ennemi. « Tant que les dominé·es s’identifient à leurs oppresseurs, il ne peut y avoir de mouvement de résistance. » Pour commencer à entrer en résistance, il faudrait donc commencer par se désidentifier du système actuel.

Floraisons insiste sur l’importance du mot « guerre ». « Le terme de guerre est utilisé car la civilisation est dans une violence permanente et étendue ». La violence est systémique car elle est intégrée dans la structure-même de la civilisation industrielle et de l’économie. « La civilisation est hiérarchisée, centralisée, patriarcale, coloniale, spéciste, raciste et homophobe. Elle valorise la violence des forts contre les faibles, le pouvoir, le militarisme. » Sans cette violence, la civilisation ne pourrait exister, elle s’effondrerait. « La civilisation exige une violence généralisée pour exister, envers les autres espèces et à l’intérieur de notre propre espèce ». Pour maintenir la croissance économique, tous les humains doivent obéir aux règles imposées par les dominants. La violence existant à diverses échelles (avec l’État, les patrons, les institutions, les maris au sein du foyer) est invisible car intériorisée, acceptée et rationalisée. C’est ainsi que le système en place perdure.

La structure et les valeurs du système actuel

La civilisation industrielle repose sur la structure suivante :

· Énergie

· Extraction

· Transport et communication

· Technologie

· Finance

Tous ces piliers sont interconnectés. Ainsi, si l’un de ces cinq piliers était attaqué et paralysé, les autres seraient aussi paralysés. Selon Floraisons, la résistance devrait s’attarder sur les objectifs de ce système (l’accès aux ressources, l’extraction des ressources ou l’intégration du circuit de production), afin de remettre en cause la structure.

La civilisation industrielle repose aussi sur des valeurs :

· Hiérarchies

· Stabilité

· Efficience

Ces trois principales valeurs permettent de soutenir l’expansion du système. L’écologie radicale propose donc de nouvelles valeurs opposées à celles de la civilisation industrielle. Voici celles proposées par Floraisons :

Civilisation industrielle

Anarchie verte et féministe

expansion, croissance

domination, hiérarchies

patriarcat, suprématie blanche

compétition, mégalomanie, orgueil

guerre et conquête

économie de marché, logique du profit

société de masse, propriété lucrative

division du travail

high-tech, techniques autoritaires

scientisme, aliénation et spécialisation

richesse matérielle, consumérisme

mythe du progrès, démesure

équilibre écologique

liberté et égalité, horizontalité

société d’égales et égaux

entraide, modestie, humilité

amitié et coopération

économie de subsistance, logique du besoin

communautés autonomes, communs

chacun fait sa propre vaisselle

low-tech, techniques démocratiques

toutes formes de sagesse, créativité et imagination

richesse relationnelle, simplicité et indépendance

mesure, respect des limites naturelles

Source du tableau : tiré de la vidéo Pour une écologie radicale, de Floraisons

L’écologie radicale propose d’agir

Selon Lierre Keith, co-fondatrice de DGR, « La tâche d’un·e activiste n’est pas de naviguer au travers des système d’oppression avec le plus d’intégrité possible, c’est de démanteler le système ».
Selon le point de vue des écologistes radicaux·ales, il faut empêcher les destructions et aider la vie à se régénérer sur les zones endommagées. Les stratégies défensives permettraient uniquement de réduire les dégâts, mais ne permettraient pas de gagner la guerre menée contre le Vivant. La technique la plus efficace serait donc la stratégie offensive. Avec cette stratégie, l’idée est de reprendre des territoires à la civilisation industrielle afin qu’ils redeviennent des lieux de vie pour l’ensemble des êtres vivants et non-vivants qui vivent en interdépendance. Selon les écologistes radicaux·ales, il est possible de remporter des actions offensives face au système surpuissant, grâce à la Guérilla. Celle-ci développe des stratégies pour remédier aux inégalités de ressources et de pouvoirs. L’idée de la Guérilla est de pouvoir mettre en échec l’ennemi (le système actuel), même avec peu de ressources, en frappant là où l’ennemi s’y attend le moins et là où il est le plus vulnérable.

Pour DGR, « les différentes branches d’un mouvement de résistance doivent fonctionner en tandem : les organisations à visage découvert et les organisations clandestines, les militants et les non-violents, les activistes en première ligne et les travailleurs culturels. Nous avons besoin de tout le monde. » DGR pense que les actions des organisations clandestines sont nécessaires pour cibler les infrastructures stratégiques de la société industrielle. Néanmoins, ces seules actions ne seraient pas suffisantes pour atteindre une issue juste et souhaitable. Toute stratégie aspirant à un futur vivable devrait proposer un appel à construire des démocraties directes, fondées sur les droits humains et des cultures matérielles durables.
DGR précise également « Nous avons aussi besoin de courage, dont la racine étymologique vient du mot « cœur ». Nous avons besoin de tout le courage dont le cœur humain est capable, forgé à la fois en armes et en armure pour défendre ce qui reste de cette planète. Et l’essence de ce courage est, bien sûr, l’amour.»

Les mouvements de l’écologie radicale pensent qu’il est important de faire émerger une culture de résistance, que ce soit de manière passive (si c’est la seule option pour les personnes qui souhaitent s’engager) et/ou active. Selon Floraisons, un réseau de soutien est nécessaire. En effet, il est important qu’un réseau, au niveau logistique et alimentaire par exemple, se construise pour soutenir les personnes qui sont dans la résistance active et qui prennent plus de risque. « Nous avons besoins de permaculteurs·ices qui régénèrent les sols pour que des gens puissent avoir la liberté d’échapper au travail salarié et d’investir leurs temps dans le travail de résistance. Nous avons besoin que ces mouvements apportent un soutien matériel aux révolutionnaires. C’est dans ces arrières-front que les militant·es pourront trouver refuge. » La mise en place d’un réseau permet de lutter et de mettre en lumière ce que pourrait former une organisation collective, égalitaire, libertaire, en marge et contre la civilisation industrielle.

 

Certains collectifs ou mouvements sont aussi considérés, de par leurs actions menées, comme faisant partie du large mouvement de l’écologie radicale :

  • Les Soulèvements de la Terre : c’est un collectif d’écologie politique et contestataire français, opposé à l’accaparement des terres et lutte contre certains projets d’aménagement, notamment les « méga-bassines » et les autoroutes. Ce collectif exprime ses revendications par le biais de manifestations et mène des actions de désobéissance civile et de sabotage désarmement d’infrastructures industrielles.
  • Terres de luttes : ce mouvement s’oppose aux projets, sites ou aménagements ayant un impact sur l’environnement en France, notamment la bétonisation des terres au profit de construction ou extension d’aéroport et autres infrastructures.
  • Extinction Rebellion : il s’agit d’un mouvement international de désobéissance civile non-violente en lutte contre l’effondrement écologique et le dérèglement climatique. Leur but est d’inciter les gouvernements à agir dans le but d’éviter la perte de la biodiversité et le risque d’effondrement social et écologique.

 

Pour ces mouvements et collectifs, il est nécessaire de mettre en place des actions concrètes impactantes pour renverser le système actuel.

L’écologie radicale est donc une approche qui va au-delà des solutions superficielles pour s’attaquer aux racines du problème environnemental. 

Les livres incontournables


Deep Green Resistance – un mouvement…

Derrick Jensen, Lierre Keith, Aric McBay
Éditions Libre – 2019

 

Écologie en résistance : Stratégies pour…
Shiva, Jensen, McMillan, Keith et McBay
Éditions Libre – 2018

Résister à l’écocide
Stephanie McMillan
Éditions Libre – 2022

Les podcasts à écouter attentivement

Full Spectrum Resistance
1/4 – Se battre et gagner
Floraisons – Juillet 2019

Full Spectrum Resistance
2/4 – Recruter, s’organiser, se…
Floraisons – Juillet 2019

Full Spectrum Resistance
3/4 – Communication, Renseign…
Floraisons – Août 2019

Full Spectrum Resistance
4/4 – Logistique, tactiques, strat…
Floraisons – Décembre 2019

Les films à voir absolument

Quelle fin absurde! – La vie à la fin de l’empire
Le Partage – Janvier 2016

La nature qui se défend
Doc du réel – Octobre 2017

Woman at War : bande-annonce
metropolefilms – Février 2019

Pour aller plus loin…

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