Fiche Pédagogique Communs

par Rachel Gaultier

Communs

 

« Face aux dysfonctionnements colossaux et inquiétants de la gouvernance néolibérale, un mouvement florissant de commoneurs d’Inde et d’Italie, d’Allemagne et du Brésil, des États-Unis, d’Angleterre et de bien d’autres régions du monde, coordonnant vigoureusement leurs efforts grâce à la culture globale d’Internet, est en train de construire un nouvel imaginaire de changement. Il ne s’agit pas d’une idéologie utopiste, mais plutôt d’une révolution au coup par coup conduite par des rêveurs pragmatiques et avisés, déterminés à construire des alternatives vivantes et fonctionnelles. » David Bollier, La Renaissance des communs. Pour une société de coopération et de partage, éditions Charles Léopold Mayer, 2014


Ce qui est désigné par les communs sont les ressources partagées et gérées collectivement par une communauté, qui fixe des règles et une gouvernance afin de préserver les ressources dans la durée et de permettre leur utilisation par tous·tes les membres. Il s’agit donc à la fois de la ressource et de l’organisation collective qui s’organise autour de celle-ci. Le commun peut également désigner les connaissances, langages, réseaux de communication, et autres pratiques numériques qui sont produites collectivement par la société.

La notion de communs illustre plutôt la pensée conceptuelle et militante généralement liée à un mouvement social, alors que le concept de « bien commun » (au singulier) est souvent synonyme d’« intérêt général ». Aux sens théologique et philosophique, le « bien commun » est associé à la recherche du bonheur ou d’un idéal spirituel. Dans le domaine des sciences sociales, il résulte d’une tentative de bien vivre ensemble et d’habiter la terre en tant que société. On distingue légèrement la notion de « communs » de celle de « biens communs », qui n’est pas forcément associée à une gouvernance collective (les biens communs, tels que l’air, appartiennent à tous mais ne sont pas gérés comme des communs).

Selon David Bollier, dans La Renaissance des communs (éditions Charles Léopold Mayer, 2014), les communs ont une caractéristique fondamentale en général : « ils peuvent émerger presque n’importe où et apporter des avantages significatifs même dans les circonstances les plus critiques. On ne saurait concevoir un inventaire définitif et exhaustif des communs. Ils existent dès lors qu’une communauté ou un groupe décide de gérer une ressource de manière collective, avec en vue un accès et une utilisation équitables et soutenables de celle-ci. […] Les communs subsistent et se développent parce qu’un groupe déterminé de gens invente un système spécifique de pratiques sociales et de savoirs pour gérer une ressource. Chaque commun est unique parce qu’il s’est constitué par rapport à une ressource, un paysage, une histoire locale et un ensemble de traditions spécifiques. » Les communs forment donc un ensemble cohérent réunissant une communauté déterminée à s’engager et les pratiques sociales permettant de gérer une ressource.

La notion de communs est souvent schématisée ainsi : Communs = ressource + communauté + règles/normes sociales. Attention cependant en utilisant la notion de « ressource », qui est aujourd’hui discutée. La présence d’une ressource n’est pas toujours mise en avant dans la définition des communs, car elle suppose une séparation entre la communauté (humaine) et la ressource, et donc entre humain et nature. Ceci perpétue la vision anthropocentrée selon laquelle tout ce qui n’est pas humain est à disposition et donc exploitable par les humains.

Les « commoners » sont les personnes partageant l’usage de la ressource en commun, qui ont décidé de s’engager dans la gestion et la préservation de la ressource, pour le bénéfice de chacun·e.

Le site lescommuns.org propose plusieurs définitions, abordées depuis différents angles par des spécialistes varié·es.

Plan de la Fiche

  • Définition
  • La « Tragédie des Communs »
  • Pourquoi les communs ?
  • Critique de la pensée
  • Exemples de communs
  • La gouvernance des communs
  • Les livres incontournables
  • Les vidéos à voir absolument

Des communs et des hommes
Data Gueule – juin 2015

La « Tragédie des Communs »

En 1968, dans l’article « The Tragedy of the Commons » publié dans la revue Science, Garret Hardin explique par une parabole ce qu’il entend par « tragédie des communs ». Un champ est pris comme exemple : si un champ est considéré comme un bien commun, tous les éleveurs y mettront un maximum de leurs animaux puisqu’il est gratuit. Mais trop d’animaux dans un même champ appauvrit le sol et très vite la terre ne permet plus de nourrir les animaux, qui finissent par mourir. La conclusion mène à penser qu’il faut qu’une seule personne ou entité ayant intérêt à préserver la ressource gère le commun : le ou la propriétaire, ou l’État.

Garret Hardin (1915-2003) s’inscrit dans le courant néo-malthusianiste des années 1970. Sa conception des communs est associée à une condamnation de la liberté de se reproduire. La métaphore du pâturage en commun illustre la destruction des ressources naturelles causée par la surpopulation humaine. Selon Hardin, puisque les ressources sont limitées, il faut empêcher les individus de se reproduire librement. Il propose donc la mise en place d’un marché des droits à enfanter, ou d’un contrôle de la reproduction par l’État. Hardin a été immédiatement et longuement dénoncé pour ces idées, pourtant son texte est toujours considéré comme une contribution majeure à la pensée écologique et économique… Et la « tragédie des communs » reste souvent un prétexte à la privatisation des ressources.

« La tragédie des communs apparaît de la manière suivante. Imaginez un pâturage ouvert à tous… On peut s’attendre à ce que chaque éleveur essaie de mettre le plus de bétail possible sur les terrains communaux. Cet arrangement peut fonctionner de manière raisonnablement satisfaisante durant des siècles, dès lors que les guerres tribales, le braconnage ou les maladies maintiennent le nombre d’hommes et d’animaux bien en deçà de ce que ces terres peuvent supporter. Mais le jour du jugement finit par arriver quand l’aspiration séculaire à la stabilité sociale devient enfin une réalité. C’est alors que la logique inhérente des communs génère irrémédiablement la tragédie. En tant qu’être rationnel, chaque éleveur cherche à maximiser ses gains. Explicitement ou implicitement, plus ou moins consciemment, il se demande : « Quelle serait l’utilité d’ajouter un animal de plus à mon troupeau ? »
L’éleveur rationnel ne peut que conclure que la seule conduite rationnelle pour lui est d’ajouter cet animal à son troupeau. Puis un autre… Telle est aussi la conclusion atteinte par chacun des éleveurs partageant ces communs. C’est en cela que réside la tragédie. Chacun de ces hommes est enfermé dans un système qui le contraint à accroître son troupeau sans limites – dans un monde qui est limité. C’est vers leur ruine que tous ces hommes se précipitent, en poursuivant leur intérêt bien compris dans une société qui croit à la liberté des communs. La liberté dans un commun entraîne la ruine de tous. »


« The tragedy of commons », Science, 13 décembre 1968, trad. O. Petitjean.

Mais l’influence d’Hardin est rapidement amoindrie par le développement de deux autres manières de penser les communs. La première est l’idée néolibérale que les communs doivent être gérés par le marché plutôt que par l’Etat, la propriété privée exclusive étant donc la seule possibilité. La seconde est l’idée, reprise par le mouvement altermondialiste, que les communs ne peuvent par définition pas être privatisés, et que la nature n’est pas à vendre. Le bien commun est vu comme une alternative au tout-marché, qu’il faut se réapproprier. La théorie de Garret Hardin est aussi invalidée par Elinor Ostrom.

Elinor Ostrom, prix Nobel de l’économie en 2009, prouve qu’il est possible de gérer les communs à l’échelle locale. Elle affirme qu’il n’est pas nécessaire de privatiser ou de faire appel à l’État, si les individus s’auto-organisent dans des régimes de propriété collective, pour gérer durablement des biens commun. Dans Governing the Commons, publié en 1990, Elinor Ostrom observe que les citoyens peuvent mettre en place des institutions locales, qui gèreront aussi bien (sinon mieux) les communs que l’État. Le plus important étant de permettre aux individus qui les utilisent de communiquer entre eux. Ces derniers, vivant sur place, sont les plus à même de connaître la ressource.

« le raisonnement ne tient que si l’on suppose qu’on a affaire à des éleveurs n’agissant qu’en fonction d’un intérêt individuel étroit, réduit au gain financier. Ces mêmes éleveurs, on les dirait aussi privés de langage, car ils sont incapables de communiquer pour créer des formes d’organisation régulant l’exploitation du pâturage. Cela renvoie à une erreur historique et conceptuelle grossière de Hardin. Il confond en effet ce qu’il appelle des « communs » (commons) avec des situations de libre accès où tout le monde peut se servir à sa guise. Or, le terme de « communs » recouvre tout autre chose : il désigne des institutions grâce auxquelles des communautés ont géré, et gèrent encore aujourd’hui, des ressources communes partout dans le monde, et souvent de façon très durable. Il peut s’agir de pâtures mais aussi de forêts, de champs, de tourbières, de zones humides… souvent indispensables à leur survie. » 

Fabien Locher, La tragédie des communs était un mythe, 04/01/2018, https://lejournal.cnrs.fr/billets/la-tragedie-des-communs-etait-un-mythe

Selon Ostrom, le commun est à la fois la communauté, la gouvernance et la ressource. Ce n’est pas forcément une chose, mais un processus, un projet, un outil de gestion commune des ressources, dépassant le modèle dominant de gestion publique ou privée (qui est insuffisante au regard des nombreux problèmes écologiques).

Parallèlement à l’émergence de recherches sur la notion de communs, des mouvements de lutte contre la privatisation de biens communs se font entendre dans le monde. Depuis le début du mouvement écologiste (années 1960), le sujet des communs est lié à l’enjeu de préservation des ressources pour la survie des espèces. Aujourd’hui, les contestations se poursuivent, contre l’appropriation par une minorité des ressources naturelles, des services publics, des connaissances ou encore des réseaux de communication. Le principe des communs articule donc luttes pratiques et recherches scientifiques sur la gouvernance collective des ressources.  Il désigne des formes démocratiques nouvelles qui seraient une alternative aux modèles politiques dominants plaçant le profit individuel au-dessus de l’extinction des espèces, et de la menace d’effondrement.

Commun(s) – Contre la propriété privée ?
Politikon – octobre 2020

Pourquoi les communs ?

  • Sortir l’économie du duel marché VS Etat : dépasser l’idée ancrée dans notre société que les marchés et l’État sont le seul moyen d’organiser la société et de gérer nos ressources.

     

  • Revaloriser les savoirs-faire locaux liés à la pratique, l’observation et l’utilisation des ressources.

     

  • Agir sans attendre la décision de l’État ou l’administration locale : les commoneurs, grâce à leurs propres savoirs (et leur imagination), organisent une gouvernance informelle souvent plus efficace que les formes officielles de gouvernement.

     

  • Les communs s’inscrivent dans une logique de justice sociale : contre la propriétarisation des sources de subsistance.

     

  • Remettre en question le paradigme dominant actuel d’exploitation des ressources (naturelles, culturelles, immatérielles…) et la logique de propriété privée exclusive selon lesquels il faut posséder la ressource pour l’utiliser (il existe différents attributs à la propriété, et celle-ci peut être partagée et gouvernée collectivement : notion de faisceaux de droits). 

     

  • Émancipation des populations colonisées spoliées de leurs ressources : retour à l’auto-gestion grâce aux savoirs autochtones.

     

  • Moyen d’articuler exigence environnementale et exigence démocratique : c’est une question de réappropriation de son milieu de vie et des relations aux autres humains (et même êtres vivants en général).
Les enclosures

« En histoire, le « mouvement des enclosures » désigne la longue mutation du système agraire qui s’est produite en Angleterre au XVI et XVIIe siècle. Lors de ce processus, les communs, des landes et pâtures utilisées collectivement par des communautés paysannes, sont divisés et enclos pour l’élevage des ovins par les grands propriétaires. On peut y voir à la fois une cause et une conséquence du développement de la proto-industrie manufacturière textile, très demandeuse en laine ; l’exploitation directe de celle-ci par l’aristocratie devient plus rentable que les droits seigneuriaux prélevés sur les communautés villageoises. Les conséquences du mouvement des enclosures sont profondes et durables. L’enclosure est un mouvement cumulatif : chaque nouvel enclos tend à faire reculer les droits d’usage au profit du droit de propriété, et incite finalement à enclore de nouvelles parcelles ; à terme, la réduction des surfaces exploitables pour les paysans a nourri un premier exode rural et un transfert de main d’œuvre précoce de l’agriculture vers la manufacture. Le mouvement des enclosures est en ce sens l’une des racines de la première révolution agraire et industrielle.

Au sens métaphorique, les théoriciens des communs désignent par enclosure toutes les dynamiques systématiques de privatisation des ressources collectives (Festa et al., 2018) pour leur soumission à une exploitation économique. L’enclosure peut, dans cette acception, être considérée comme le contraire des communs. La privatisation des accès aux rivages lacustres et maritimes, contraire à l’intérêt collectif (et, en France, à la loi), en est un exemple.  » 
Source : https://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/enclosure

« Selon les théories économiques néolibérales, convertir la terre en propriété privée et en monnaie d’échange sur le marché est un moyen d’améliorer sa productivité. Cela encouragerait les propriétaires à produire davantage et à investir dans la terre, ce qui augmenterait en retour sa valeur. Les terres exploitées de manière collective, en revanche, sont qualifiées de «terrains vagues », de «déserts ». C’est parce qu’aux yeux de la loi, personne ne les possède et n’en prend soin. Mais il suffit de lever le voile des fables néolibérales pour apercevoir des milliers de communs stables et durables, qui assurent la subsistance de millions de personnes. Sans surprise, les accaparements de terres engendrent toutes les pathologies habituellement associées aux enclosures : abus écologiques, communautés décimées, insécurité alimentaire, inégalités et migrations vers les villes en quête d’emplois et de nourriture. Les commoneurs évincés de leurs territoires se trouvent projetés dans un monde de consumérisme moderne tape-à-l’œil et de bidonvilles misérables, tout comme l’avaient été avant eux les commoners anglais à l’aube de la révolution industrielle. »
Source : David Bollier, La Renaissance des communs. Pour une société de coopération et de partage, Paris, éditions Charles Léopold Mayer, 2014

Critique de la pensée

 Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, les communs ne sont pas nécessairement une alternative écologique. Le principe des communs est parfois réduit à un outil pratique parmi d’autres, permettant de favoriser les ingérences au nom de l’écologie, ou encore de renforcer la gestion des ressources en système capitaliste. Les communs sont également le point de départ de réflexions sur le développement du capitalisme et du néo-libéralisme (Berkes, Ostrom..), voire même du néo-colonialisme. Dans ce cas, la gestion des communs s’inscrit toujours dans un régime de propriété.

Les communs sont souvent considérés comme l’unique alternative à la nationalisation et la privatisation. Or Alice Ingold rappelle que « l’alternative aux communs n’est pas tant l’individualisme que d’autres manières de concevoir le collectif ». Si la gestion en commun peut être une solution adaptée à certaines situations, d’autres formes de gestion collective pourraient probablement fonctionner sans pour autant avoir recours à la propriété privée ou la nationalisation. Le principe des communs ne peut s’appliquer à tous les biens, services ou entreprises. Certaines critiques sont également basées sur le fait que l’État serait indispensable pour gérer la complexité des communs.

« Né d’une critique percutante de la propriété privée et des renoncements de l’État néolibéral, le mouvement des communs aboutit parfois à un éloge sans nuance des capacités d’auto-organisation de la «société civile». Avec un risque : celui de devenir les «idiots utiles» du néolibéralisme, en ne critiquant la sacralisation de la propriété privée que pour favoriser de nouveaux reculs de l’État social. Nombre de chercheurs et de militants sont toutefois conscients de ce danger. Comme le rappelle Benjamin Coriat, «les communs ont besoin de l’État pour se développer, car il doit créer les ressources (à commencer par les ressources juridiques) dont les commoners [les producteurs des biens communs] ont besoin pour exister (14)». Interdire la vente forcée d’ordinateurs avec certains logiciels — l’achat d’un PC correspondant en pratique à l’achat d’un ordinateur et de Windows — favoriserait par exemple le développement des logiciels libres. »  (Sébastien Broca, « Les communs, un projet ambigu » dans Le Monde Diplomatique (accès libre, décembre 2016) https://www.monde-diplomatique.fr/56916)

Une autre critique à l’encontre de la recherche autour des communs est qu’elle devrait abandonner la distinction entre ressource et communauté et inclure les non-humains aux communs. Dans ce cas, leur mode de gouvernance doit être adapté, tout en intégrant les intérêts des non-humains (voir l’idée de « Communs latents » d’Anna Tsing). Ainsi, la notion de ressource efface les liens d’interdépendance entre les vivants, et perpétue l’idée selon laquelle notre environnement fait partie de notre système de production. Toutes ces réflexions sont abordées dans l’article-essai « Accueillir les Non-Humains dans les Communs » de Lionel Maurel. Pour en savoir plus sur notre rapport aux non-humains, voir les travaux de Philippe Descola, Bruno Latour, Arturo Escobar…

Enfin, la vigilance est portée par certains·es penseurs·euses des communs sur le fait que donner la liberté à une communauté de gérer l’accès à une ressource grâce aux méthodes traditionnelles peut potentiellement favoriser des pratiques antidémocratiques et abusives au sein de la communauté. (Carol M. Rose, « Réflexions sur les biens communs », Droit et société, 2020/3 (N° 106), https://www.cairn.info/revue-droit-et-societe-2020-3-page-751.htm)

Exemples de communs

Les quelques exemples de communs évoqués ici ne sont pas classés, par choix de ne pas distinguer le matériel et l’immatériel, afin de ne pas tendre vers une distinction entre le culturel et le naturel.
Les « communs mondiaux » sont des ressources partagées au niveau global, dont l’usage est un droit universel. Par exemple, le climat, l’air et l’eau sont généralement considérés comme des biens communs. Elinor Ostrom s’est intéressée aux entités en charge de l’eau dans la région de Los Angeles, qui gèrent l’eau, ressource très limitée, en commun. Les habitants de Törbel, village Suisse, gèrent en commun les forêts, prairies et eaux sur leur commune depuis 1224. (Pour en savoir plus)

Et à une autre échelle, les habitats participatifs peuvent être des exemples de communs. Certains communs ont des frontières moins précises en tant qu’ils ne constituent pas une ressource tangible. Ce sont par exemple des publications ou données scientifiques, des informations publiques, des œuvres de création artistique, des logiciels libres, des General Public License ou Open Database License, des encyclopédies en ligne telles que Wikipedia, ou le réseau Tela Botanica des systèmes d’exploitation comme Linux, des moteurs de recherche comme Mozilla Firefox…

Finalement, toute ressource pourrait être mise en commun, si une communauté le décide. Aucune ressource n’est davantage prédisposée à être gérée en commun. C’est la thèse de Pierre Dardot et Christian Laval (Commun, Essai sur la révolution au XXIe siècle), qui affirment que l’important est la dynamique politique de la communauté utilisant et gérant la ressource, cette dernière n’étant pas commune par nature.

Remix the Commons

Remix est un collectif de production au service du mouvement des communs. Il permet aux commoners de réaliser des projets de recherche-action et de médiation en commun et sur les communs. Remix participe au plaidoyer pour la reconnaissance des pratiques de partage et d’auto-organisation en commun. Remix permet de recueillir et de conserver les connaissances produites par les commoners en structurant l’information, notamment à travers des outils de web sémantiques afin de rendre visible une grammaire de l’action collective solidaire.

Cette présentation est directement issue de la présentation officelle sur le site de Remix the Commons.

Quadrature du Net

La Quadrature du Net promeut et défend les libertés fondamentales dans l’environnement numérique. L’association lutte contre la censure et la surveillance, que celles-ci viennent des États ou des entreprises privées. Elle questionne la façon dont le numérique et la société s’influencent mutuellement. Elle œuvre pour un Internet libre, décentralisé et émancipateur.

Cette présentation est directement issue de la présentation officelle sur le site de La Quadrature du Net.

Communs d’abord

Les Communs d’abord est un média web indépendant ayant pour but de donner une visibilité aux multiples initiatives, publications et débats liés au mouvement des Communs.

Cette présentation est directement issue de la présentation officielle sur le site des Communs d’abord.

Savoirs Com1

A l’origine de SavoirsCom1, nous sommes deux bibliothécaires : Silvère Mercier, alias Silvae, auteur de Bibliobsession, bibliothécaire engagé pour les libertés à l’ère numérique et la libre dissémination des savoirs, et Lionel Maurel, alias Calimaq, auteur du blog S.I.Lex, chroniqueur sur @OWNI, juriste & bibliothécaire.

Depuis quelques années, nous participons aux débats professionnels de l’information-documentation dans les associations, les journées d’études, les congrès, etc. Passionnés par les changements organisationnels, cognitifs, juridiques ou techniques amenés par le numérique, nous faisons les constats suivants :

  • Prendre au sérieux les changements apportés par le numérique suppose de s’intéresser à des mutations complexes pour lesquelles on ne saurait maintenir des approches simplistes de défense d’une profession, d’un secteur, d’une branche, ou encore une opposition frontale public-privé;

  • Le numérique est un puissant facteur de décloisonnement. Il force à expérimenter, à croiser des approches, il incite à des structures légères, à des prises de décisions rapides et à des regroupements éphémères avec d’autres acteurs autour d’une thématique, d’un débat, d’un enjeu.

Ces deux raisons nous amènent aujourd’hui à proposer ce collectif. Nous le voulons léger et efficace, comme les communautés d’amateurs du net. Il ne s’agit pas d’une nouvelle association dans un secteur déjà bien dispersé, mais d’un regroupement d’individus partageant les mêmes valeurs et la même envie de comprendre et de porter des problématiques émergentes. Il vient un moment où il n’est plus possible de consacrer une énergie toujours précieuse à convaincre des structures préexistantes d’intégrer des problématiques nouvelles, et où il devient vital d’avancer avec une communauté d’intérêt capable de provoquer des effets de réseaux sur ces enjeux : s’y intéresseront ceux qui le souhaitent.

Ces problématiques, elles se formulent pour nous autour du paradigme des biens communs de la connaissance. Ce paradigme est un horizon politique qui, si l’on y songe, indique une ligne de conduite transverse à de nombreux secteurs d’activités. Une ligne politique capable d’alimenter le nécessaire renouvellement des politiques publiques dont nous sommes les acteurs, mais également les modèles économiques et juridiques de diffusion et d’accès à l’information.

Notre initiative est distincte de l’appel en cours pour un réseau francophone des Biens Communs ; elle s’y articule. Ce que nous voulons, c’est partager, agir et réfléchir en réseau sur des enjeux qui nous touchent ; c’est aussi nous engager pour une certaine vision de l’Internet et des espaces tangibles dans lesquelles des communautés prennent formes et des apprentissages s’opèrent : des (tiers) lieux.

Cette présentation est directement issue de la présentation officelle sur le site de Savoirs Com1

P2P Foundation

The P2P Foundation was conceived to help people, organizations and governments transition towards commons-based approaches to society through co-creating an open knowledge commons and a resilient, sustainable human network.

Between the paradigms of the network and the organization, the P2P Foundation exists as an ‘organized network’ which can facilitate the creation of networks, yet without directing them. Our primary aim is to be an incubator and catalyst for the emerging ecosystem, focusing on the ‘missing pieces’, and the interconnectedness that can lead to a wider movement.

P2P, in practice, is often invisible to those involved, for a variety of cultural reasons. We want to reveal its presence in discrete movements in order to unite them in their common ethos. To do this, a common initiative is required which:

  • gathers information
  • connects and mutually informs people
  • strives for integrative insights contributed by many sub-fields
  • organizes events for reflection and action
  • educates people about critical and creative tools for “world-making”

The P2P Foundation monitors the emergence of P2P dynamics in every field of human activity. We document these projects on our open access wiki and report and critique current events on our daily blog. Our Commons Transition website combines a platform for policy proposals with a web magazine featuring specially curated stories and interviews, with and for commoners worldwide. Our research network, led by the P2P Lab, empirically explores and expands the theoretical work produced on commons-oriented peer production, governance and property to ascertain its viability in real-world applications. Our focus on the productive potential of communities and networks inspires us to nurture partnerships with prefigurative collectives and more established players to extend our policy recommendations to those in the position to effect change.

Cette présentation est directement issue de la présentation officielle sur le site de P2P Foundation.

La gouvernance des communs

Voici des principes de gouvernance, inspirés de ceux proposés dans Gouvernance des biens communs par Ostrom, qui s’est rendue dans différentes communautés pour observer la gestion collective et coopérative de ressources communes :

adapter le système de gestion à chaque situation : il n’existe pas de modèle de gouvernance qui fonctionne pour chaque commun

délimiter clairement le commun et le groupe qui en a le droit d’usage ou d’accès : le commun n’est pas en libre accès

– choisir des individus impactés par l’utilisation des communs pour les gérer : toute personne concernée par l’utilisation de la ressource doit être en mesure de décider

– assurer la participation de chacun·e dans l’élaboration des règles (qui doivent répondre aux spécificités et besoins locaux)

– permettre aux individus concerné·e·s de modifier ces règles

– les autorités extérieures doivent respecter les règles

– les règles doivent limiter l’exploitation sur le long terme : il est probablement nécessaire de surveiller l’utilisation et de sanctionner en cas de surexploitation de la ressource

– le mécanisme de résolution des conflits doit être organisé à l’avance et peu coûteux

Attention : ces principes de base récurrents ne sont pas systématiquement applicables (par exemple, les logiciels libres sont des communs utilisés par des personnes qui n’en ont pas déterminé les règles). La plupart ont été proposés par Ostrom pour la gestion de communs à échelle locale, autour de ressources naturelles. Ces derniers sont plus faciles à gérer que communs à grande échelle, dont les frontières sont parfois floues et qui impliquent de nombreux usagers·ères. 

La portée politique des communs

La gouvernance même peut être pensée comme du commun. A l’échelle mondiale, le rapprochement est parfois fait avec le fédéralisme, qui serait la forme politique la plus cohérente avec le principe des communs. A une échelle plus locale, les communs pourraient être la concrétisation du municipalisme libertaire.

Les communs sont vus comme un principe politique alternatif au néolibéralisme. Puisqu’ils rassemblent différents mouvements et sujets engagés, les communs sont une manière de s’émanciper de l’approche socio-économique centrée sur le profit. En effet, les mouvements altermondialistes ont fait de la lutte pour les communs une revendication politique (liée aux luttes sociales, contre l’oppression et la spoliation des droits d’usages). Dardot et Laval (2014) invitent à considérer le commun comme principe politique, puisqu’il « est à penser comme co-activité, et non comme co-appartenance, co-propriété ou co-possession ». Les communs constituent donc un pouvoir d’agir et de produire, inspirant des pratiques de production et de partage fondées sur des valeurs humaines, telles que les monnaies locales, les Zones à Défendre, l’économie du partage et l’économie sociale et solidaire… 

Selon Swann Bommier et Cécile Renouard, la gouvernance des entreprises pourrait également être pensée comme la production de communs. Une gouvernance en commun des entreprises impliquerait une « démarche d’interprétation et d’action collective en vue de la création, de la répartition et de l’usage des biens au service du lien social et écologique » (Bommier et Renouard, L’entreprise comme commun. Au-delà de la RSE, Éd. Charles Léopold Mayer, 2018).

Les livres incontournables


Les Communs
Édouard Jourdain
PUF – 2021

Dictionnaire des biens comm…
M. Cornu, F. Orsi, J. Rochfeld
PUF – 2021

Vers une république des biens…
Alix, Bancel, Coriat, Sultan
Les Liens qui Libèrent – 2018

Commun, Essai sur la …
Pierre Dardot, Christian Laval
La Découverte – 2014

Gouvernance des biens comm…
Elinor Ostrom
De Boeck Supérieur – 2010

La renaissance des communs
David Bollier
Charles Leopold Mayer – 2014

Reclaiming the Commons
Vandana Shiva
Synergetic Press – 2020



Propriété et Communs

le Mouvement Utopia
les éditios Utopia – 2017

Les vidéos à voir absolument

ÉCOPO – Les communs de l’écologie politique
Game Of Hearth – Octobre 2020

Le « Commun » : une alternative politique au néolibéralisme
Comprendre et agir – Septembre 2020

Sources

 

 

Pour aller plus loin…

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