Fiche Pédagogique

Rapports de domination

par Jeanne Sorin

Les rapports de domination


Le terme « rapport de domination » fait référence à une relation inégale entre des individus, des groupes ou des entités. La partie dominante détient une influence ou un contrôle sur la partie dominée. Elle peut lui imposer ses désirs, ses intérêts ou ses valeurs. Cela entraîne des déséquilibres de pouvoir et des injustices.  

Le spécisme, le suprémacisme, le patriarcat, le sexisme, le racisme, l’âgisme et le validisme sont tous liés à des formes de discrimination et d’oppression qui touchent différentes catégories de personnes ou entités, en fonction de caractéristiques spécifiques, telles que l’origine ethnique, le genre, l’âge, la capacité, etc.

Ils sont tous liés à des formes de discrimination et d’injustice qui affectent différents groupes de personnes ou plus globalement, des groupes d’êtres vivants. Les points communs entre ces concepts résident dans le fait qu’ils sont tous des formes d’oppression reposant sur des caractéristiques spécifiques, créant des hiérarchies sociales injustes et contribuant à la marginalisation, à la discrimination et à la privation des droits et des opportunités pour les groupes ciblés. Chacun de ces termes représente un défi à l’égalité, à la justice et aux droits de certains humains et des animaux non humains non humains.

Plan de la Fiche

  • Différents types de rapports de domination :
    Le spécisme
    Le patriarcat

    Le sexisme
    Le suprémacisme
    Le racisme
    L’âgisme
    Le validisme
  • Les livres incontournables
  • Les vidéos à voir absolument
  • Les sources de cette fiche

C’est quoi l’oppression ? | Capsule #13
Politikon – décembre 2019

Spécisme

Notre intelligence est-elle unique ? | Une espèce à part #7
ARTE – mai 2019

Issu du latin species (espèce), le spécisme est une croyance humaine selon laquelle une espèce est plus importante qu’une autre. La pensée spéciste implique de considérer les animaux comme des moyens d’atteindre des fins humaines. Selon cette croyance, la vie et les expériences de certains animaux sont inférieures à celles des humains ou d’autres animaux. Il est par exemple spéciste de traiter la vie d’un animal (par exemple de son chat) comme étant plus précieuse que celle d’un autre animal (par exemple d’un cochon). Il s’agit d’un raisonnement suprémaciste utilisé pour justifier le traitement des autres êtres vivants comme des propriétés, des objets ou des ingrédients.

Le spécisme est une construction humaine très ancienne, ancrée traditionnellement depuis l’Antiquité. Aristote soutenait déjà dans son Histoire des Animaux, la primauté de l’espèce humaine, tout en dressant une hiérarchie entre les espèces animales.

Cette classification a été questionnée par des philosophes, et notamment par le psychologue britannique Richard D. Ryder dans les années 1970. Il a d’ailleurs créé le terme “spécisme” pour décrire l’exclusion de la sphère morale et juridique dont les animaux faisaient l’objet. Il a d’ailleurs publié, avec d’autres universitaires, un ouvrage pour la pensée antispéciste, Animals, men and morals.

Le concept de spécisme a été repris par le philosophe australien Peter Singer dans son livre Animal Liberation. Dans cet ouvrage, il dépeint la discrimination des animaux, en faisant un parallèle avec toutes les autres formes de domination d’un groupe sur un autre. La notion de spécisme s’est donc construite par analogie, avec celles de racisme ou de sexisme, dans le but de dénoncer une idéologie dominante.

 

Il peut être intéressant de connaitre quelques arguments en faveur du spécisme et contre le spécisme :

Les arguments en faveur du spécisme : Ils se fondent principalement sur des croyances religieuses, des conceptions philosophiques anthropocentriques et sur le concept de préférence pour son espèce.

Les arguments contre le spécisme : Pour les antispécistes, le spécisme est une idéologie répréhensible et condamnable et un « mouvement de libération animale » est nécessaire pour faire cesser l’exploitation des animaux. Un autre argument est la théorie de l’évolution, qui infirme l’idée selon laquelle les humains auraient une essence spéciale et différente des autres animaux. Dans La Filiation de l’homme et la sélection liée au sexe, Darwin affirme qu’il n’y a qu’une différence de degré, et non de nature, entre les humains et les autres mammifères, tant sur le plan physique que mental.

L’organisation OneZoom a conçu un arbre de vie interactif. Tout à fait extraordinaire, cet outil permet de découvrir l’incroyable magie de la Vie, cette toile où toutes les espèces sont liées entre elles. Chaque feuille de l’arbre représente une espèce différentes. Chaque branche présente l’évolution des différentes espèces à partir d’ancêtres communs sur des milliards d’années. 2 235 322 espèces à découvrir via 105 331 images, le tout sur une seule page zoomable… Vertigineux !

Patriarcat

C’est quoi le patriarcat ?
Brut – mai 2020

Le patriarcat est un concept utilisé en anthropologie et en sociologie pour représenter une forme d’organisation sociale et juridique, basée sur la détention de l’autorité par les hommes et l’exclusion des femmes. Dès l’antiquité, le mot patriarcat renvoie à la figure paternelle. À l’époque, au sein de la sphère familiale, le père est le chef de famille et il a l’autorité sur sa femme et ses enfants. Dans la sphère sociétale, le pouvoir est détenu par les hommes et notamment par les plus âgés, considérés comme plus expérimentés. Par ailleurs, les femmes n’ont pas de droits civiques. Cette organisation est ensuite consolidée avec l’apparition de grandes religions monothéistes. De la sphère privée aux institutions religieuses, le patriarcat est devenu comme une norme dans de nombreuses sociétés.

À partir des années 1970, le concept de patriarcat, repensé dans ses fondements théoriques, est notamment utilisé par des mouvements féministes pour pointer du doigt un système social d’oppression des femmes par les hommes.

Aujourd’hui, le concept de patriarcat fait débat : devrait-on parler de patriarcat ou de domination masculine ?

Dans son écrit, La persistance du patriarcat, Fabienne Brugère explique « Dans le champ académique français, non seulement on trouve peu d’analyses psychologiques du patriarcat, mais, plus fondamentalement, on préfère recourir à la notion de domination masculine pour rendre compte de la permanence de la domination des hommes. »

Le concept de patriarcat, attaché à la notion de domination masculine, s’utilise de plus en plus pour désigner l’oppression des femmes par les hommes. Aujourd’hui, même si les lois ont évolué, les hommes ont une autorité et un rôle social politique, économique et religieux, supérieurs aux femmes. Des citoyennes et militantes revendiquent la dissolution de ce système « patriarcal » ou de « domination masculine » en luttant contre les conséquences de ce système : discriminations, écart salarial, charges mentales, violences sexistes et sexuelles.

Un blog à visiter : Celles qui osent

Un podcast à écouter : Les couilles sur la table

Sexisme

    Le sexisme est une attitude discriminatoire fondée sur le sexe d’une personne. Le sexisme est l’ensemble des préjugés, des croyances et des stéréotypes concernant les femmes et les hommes. Il se fonde sur le principe selon lequel les hommes sont plus importants que les femmes. Hérité de l’antiquité romaine, le sexisme est sorti du cercle familial pour investir d’autres sphères de la vie sociale. Il s’infiltre dans d’autres secteurs et notamment dans le monde du travail. C’est un obstacle majeur à l’égalité réelle entre les femmes et les hommes. Il existe plusieurs types de sexismes tels que le sexisme hostile, le sexisme bienveillant, le sexisme ordinaire, le sexisme moderne, le néo-sexisme.

    Le sexisme est encore présent dans toutes les sphères de la société :

    • Dès leur naissance, les enfants sont touchés par les préjugés sexistes, avec des remarques sur des traits de caractère qu’ils sont supposés avoir selon leur sexe, par exemple : « Les filles sont sensibles », « les garçons sont casse-cou ».
    • À l’école aussi, le sexisme est implanté très tôt, par le biais d’idées reçues, comme « Les garçons sont plutôt scientifiques et les filles plutôt littéraires ».
    • Dans l’espace public, des éléments de notre environnement le montre, avec les panneaux de signalisation par exemple. Le panneau pour montrer qu’il y a des travaux est représenté avec un homme ; et dans les toilettes publiques, le panneau indiquant qu’il est possible de changer la couche des bébés, est représenté avec une femme.
    • Dans le monde du travail, le sexisme peut aller d’une remarque sexiste au harcèlement moral et/ou sexuel. Le sexisme au travail se traduit aussi par l’inégalité des salaires. Pourtant, la discrimination fondée sur le sexe est punie par la loi. Le Code du travail condamne les agissements sexistes (article L1142-2-1). Malgré cette interdiction, le sexisme, difficile à appréhender, persiste dans de nombreux secteurs. 
    • Dans la vie publique, le sexisme est présent au niveau de l’État. Par exemple, notons que seules deux femmes ont été Premier ministre (1991-1992) sous la Ve République.

    Les conséquences du sexisme peuvent être psychologiques, émotionnelles et physiques. Les personnes victimes de sexisme peuvent souffrir d’anxiété, de honte, de stress, d’hypervigilence, de troubles de sommeil. Être victime de sexisme, peu importe le degré, peut aussi entrainer des difficultés relationnelles, sexuelles, sociales, académiques. Le sexisme peut influencer sur la manière dont les filles et les garçons sont encouragé·e·s à s’engager dans certaines matières scolaires et/ou domaines d’études. Cela peut limiter leur accès à certaines carrières et opportunités. Les conséquences se font aussi voir au niveau des inégalités économiques. Le sexisme peut aussi entraîner un manque de représentation équitable des femmes dans les médias, dans la politique, dans les entreprises et autres domaines influents. Cela participe à renforcer les normes et les valeurs traditionnelles qui entretiennent les inégalités.

    Woman – bande annonce
    Anastasia Mikova et Yann Arthus-Bertrand – 2020

    Racisme

      Selon le dictionnaire Le Robert, le racisme est une « Idéologie postulant une hiérarchie des races. Ensemble de réactions qui, consciemment ou non, s’accordent à cette idéologie. » Dans le racisme, il y a donc l’idée de race et une volonté de différencier les êtres humains en fonction de leurs caractéristiques culturelles ou physiques. Le racisme classe l’humanité entre les races supérieures et les races inférieures, sans fondements scientifiques.

      Dès la fin du 18ème siècle, le monde occidental diffuse un « racisme scientifique ». Il s’agit de la mise en place d’une classification scientifique établissant l’existence de « races » (c’est-à-dire de groupes humains), dont les caractéristiques biologiques et physiques sont associées à des capacités psychologiques, morales et intellectuelles moindres ou élevées. La rationalité scientifique établit, consolide et légitimise donc l’esclavagisme, le colonialisme, puis le nazisme. Ce n’est que dans les années 1950 que l’Unesco met en place un programme d’action contre le racisme. À cette période, les avancées de la génétique conduisent aussi à discréditer les fondements biologiques de la race. Même si cette croyance en la « race » s’est largement atténuée au cours du 20ème siècle, le racisme existe toujours dans nos sociétés actuelles. On parle à présent de « racisme culturel ».

      En France, le racisme se (re)produit à plusieurs niveaux : au niveau interactionnel, dans les échanges du quotidien et au niveau systémique ainsi que dans le fonctionnement même des institutions.

      C’est quoi le racisme ? – 1 jour, 1 question
      Info ou Mytho ? – Novembre 2017

      Suprémacisme

        Ce terme est issu du latin supremus, qui signifie le plus haut, le plus élevé, qui est au-dessus de tout.

        Le suprémacisme est une idéologie fondée sur la présumée supériorité d’une race, d’une ethnie ou d’un groupe d’individus sur d’autres, avec comme conséquence, le droit de les dominer ou de les asservir. Le suprémacisme se manifeste par la mise en avant d’une élite ou d’une classe, qui est privilégiée par rapport aux autres. Le suprémacisme conduit fréquemment à des violences. Quand on parle de suprémacisme, les critères de supériorité peuvent être la couleur de la peau, le sexe, la civilisation, la culture, la langue, la religion, etc., et même rassembler plusieurs critères à la fois.

        En France, le terme « suprémacisme » apparaît à la fin du XXème siècle. Il désigne certains mouvements aux États-Unis, comme le Ku Klux Klan qui revendique la supériorité de la race blanche et la mise en place d’un « État blanc ».

        Quand on parle de suprémacisme, il s’agit en effet souvent de suprémacisme blanc. Cette notion est fondée sur une idéologie nationaliste et raciste qui inclut l’idée que la « race blanche » est supérieure aux autres et qu’elle devrait dominer. Depuis quelques années, les suprémacistes blancs sont de plus en plus visibles, surtout aux États-Unis. Ils sont d’ailleurs répartis en différents mouvements d’extrême droite : neo-nazis, nationalistes blancs, alt-right, Klu Klux Klan.

        Aux États-Unis, depuis une dizaine d’années, la théorie du « grand remplacement » s’est également propagée. Selon ses partisans, la population blanche serait « remplacée » par une autre, notamment à cause de l’immigration. Ils souhaitent donc combattre la population non blanche pour que la culture dominante survive

        Qui sont les suprémacistes blancs ?
        France 24 – 2019

        Âgisme

        Les mécanismes de l’âgisme
        Entr’âges asbl – décembre 2021

        Selon la définition donnée par Le Larousse, l’âgisme est une « attitude de discrimination ou de ségrégation à l’encontre des personnes âgées ». L’âgisme, que l’on pourrait aussi définir comme le mépris de l’âge, se manifeste par des attitudes négatives, majoritairement envers les seniors. Néanmoins, on considère aujourd’hui que des personnes non séniores peuvent être victimes dâgisme.

        Ce terme a été inventé en 1969 par le gérontologue américain Robert Butler (spécialiste de la santé des personnes âgées). Quand il a été créé, le terme d’âgisme faisait uniquement référence aux discriminations subies par les personnes âgées. En 1978, Robert Butler donnait la définition suivante : « un profond désordre psychosocial caractérisé par des préjugés institutionnalisés, des stéréotypes, et l’établissement d’une distance et/ou d’un évitement vis-à-vis des seniors. »

        En parlant d’âgisme, Robert Butler voulait informer et prévenir sur la tendance des sociétés occidentales à valoriser la beauté, la force et la performance. En effet, ce sont des critères qui se perdent peu à peu avec la vieillesse, et ils ont tendances à entrainer des comportements discriminatoires envers les personnes âgées ou vieillissantes.

        L’âgisme est présent dans de nombreux secteurs et notamment dans :

        • Le secteur de la santé : les préjugés et stéréotypes sur les seniors, tel que « les problèmes de santé sont inéluctables à cet âge-là », peuvent entrainer un manque de soins ou des négligences de soins.
        • Le secteur des médias : très peu de personnes âgées sont représentées dans les médias, sauf quand il s’agit par exemple d’informer sur les maladies dégénératives et sur des établissements spécialisés.
        • Le secteur des nouvelles technologies : il y a beaucoup d’idées reçus sur les seniors qui ne seraient pas capables de comprendre le fonctionnement des nouvelles technologies. Cela entraine des discriminations.

        Les conséquences de l’âgisme sont importantes. En effet, selon un texte écrit en 2021 par l’OMS, il semblerait qu’une personne sur deux dans le monde ait des attitudes âgistes. Cela aurait des conséquences sur la santé physiques et mentales des séniors. « On estime que 6,3 millions de cas de dépression dans le monde sont dus à l’âgisme. Ce phénomène se recoupe avec, et accentue, d’autres formes de biais et de désavantages, notamment ceux liés au sexe, à la race et au handicap, ce qui a des conséquences négatives sur la santé et le bien-être des personnes. »

        Validisme

        Comprendre et lutter contre le validisme
        Ville de Lyon – mars 2022

          Le Collectif Lutte et Handicaps pour l’Égalité et l’Émancipation (CLHEE) développe dans son manifeste, la définition suivante : « le validisme se caractérise par la conviction de la part des personnes valides que leur absence de handicap et/ou leur bonne santé leur confère une position plus enviable et même supérieure à celle des personnes handicapées ».

          Le validisme aussi appelé capacitisme, est une domination ou oppression, qui prend la forme de discrimination, de préjugé ou de traitement défavorable contre les personnes porteuses de handicaps.

          Le validisme comporte différents types d’oppressions :

          • Handiphobie (attitude de rejet et/ou de dégoût à l’égard des personnes porteuses de handicaps) ;
          • Sous-représentation de personnes porteuses de handicap dans les médias ;
          • Non-respect des droits des personnes handicapées : droits au logement, à l’emploi, à l’éducation, à la liberté de son mode de vie, à l’information, aux loisirs ;
          • Inaccessibilité à certains espaces publics.

          Le système de valeurs capacitiste ou validiste, a largement été influencé par le domaine de la médecine. Il place la personne valide, sans handicap, comme étant la norme sociale. Cela signifie que les personnes non conformes à cette norme devraient essayer de s’y conformer. Sinon, elles sont considérées comme se trouvant dans une situation inférieure aux personnes sans handicap, que ce soit au niveau moral et matériel.

          Dans notre système sociétal, le handicap est vu comme un manque ou un échec et non comme une conséquence d’un événement de la vie, ou de la diversité et de la pluralité, qui règnent au sein de l’humanité.

           

           

          Il est crucial de reconnaître et de lutter contre toutes ces formes de discrimination pour promouvoir une société plus juste, inclusive et égalitaire.

          Les livres incontournables


          La Libération animale
          Peter Singer
          Payot – 2012


          Animal
          Matignon, Morette, Krief, Gervais…
          La Relève et la Peste – 2020


          Réinventer l’amour
          Mona Chollet
          La Découverte – 2021


          Le suprémacisme blanc
          Lucien Cerise
          Culture et Racines – 2021

          Sources

          Pour aller plus loin…

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