La puissance du réseau, la magie des rencontres, la joie des opportunités ! Tel est le formidable cocktail à l’origine de notre rencontre.

Hasard du calendrier ou heureuse synchronicité ? Un clin d’oeil de la vie, c’est certain. La dernière interview de 2020 ici-même était celle de Mathieu Granger, co-fondateur de fertîles, la première interview de 2021 ne pouvait être que celle de Mélanie Ciussi co-fondatrice de LUMIÅ. Car c’est le premier qui m’a mis en relation avec la seconde il y a quelques mois. Je venais d’accepter la proposition de Mathieu d’être l’un des mentors du premier parcours Coopération fertile. Quelques semaines plus tard, j’animais une journée de partage/réflexion/échange sur la résilience – personnelle, urbaine et territoriale – auprès des apprenant·e·s de la première promotion de LUMIÅ. Deux d’entre eux·elles – Sundari et Maxime Giordano viennent de rejoindre la folle aventure de L’Archipel du Vivant. Et, en ce début d’année 2021, LUMIÅ s’associe à nous pour initier le déploiement de la 2ème étape de notre projet – la Résilience collective et systémique à l’échelle locale. Ainsi, le territoire autour de Mouans-Sartoux sera l’une de nos premières biorégions pilote.

De formidables synergies croisées sont en train de se mettre en place. Que la Force soit avec nous !


Comment est née LUMIÅ ? Pourquoi avoir choisi Mouans-Sartoux pour installer l’école ?

LUMIÅ est née de synchronicités. Synchronicité entre trois personnes, Christophe Sempels, mon ancien collègue avec qui nous avions déjà fondé un programme innovant dans une Grande Ecole cinq ans auparavant, Georges Ferrando, notre Président facilitateur et moi-même qui venais de finir la COP1étudiante. Nous partagions le besoin réel et rapide de transformer l’éducation pour qu’elle puisse accompagner les personnes dans leur alignement profond et développer leur capacité de vivre et d’entreprendre avec résilience. Vite rejoints par une équipe de 4, LUMIA a vu le jour en seulement quelques mois. Les valeurs, l’intention profonde et le mode de fonctionnement étant communs et partagés, l’école a poussé dans un terreau des plus fertiles. Le choix du lieu, à Mouans-Sartoux, fut comme une évidence d’ailleurs. Mouans-Sartoux est une ville pionnière en alimentation durable, proche d’où nous habitons. Ce fut donc naturellement que l’école trouva sa place au sein de la régie agricole, entourée de 6ha de cultures bio !


Quelle est sa philosophie, sa vision, sa mission, son ambition, sa singularité ?

La raison d’être de LUMIÅ est de rendre viable et désirable l’adéquation entre notre intériorité, notre contexte social (environnement professionnel, social, familial…) et la puissance du vivant. C’est cette intention forte qui soude notre singularité : travailler à la fois sur la reliance à soi, aux autres, à la nature (intériorité) et à la fois sur la transformation des systèmes non soutenables, qu’ils soient économiques, sociaux, politiques,…(extériorité). Cette vision holistique de la transformation de soi pour transformer son environnement nous paraît essentielle pour accompagner l’action de transformation radicale qui est nécessaire aujourd’hui. Or, très peu d’écoles ou d’universités proposent de tels parcours, questionnant le sens (pour l’individu, la société, la planète), par les sens (tête, cœur, main) pour s’émanciper du paradigme de la croissance économique.

À LUMIÅ, notre ambition est ainsi de questionner le sens par une approche sensible et outiller toute personne souhaitant porter une transformation profonde post croissance grâce à des méthodes, des outils de communication consciente, des rencontres inspirantes et une démarche forte d’action. Celle-ci s’effectue à travers des projets de recherche-action et entrepreneuriaux inscrits dans les limites planétaires.  Puisque « le temps est une des seules ressources que nous avons déjà épuisée », disait Nicolas Hulot au festival CLIMAX 19, LUMIÅ agit comme un catalyseur et permet ainsi de faire gagner du temps dans l’action transformative soutenable. 


Concrètement quel est le programme ? 

Sur deux années, le programme propose des ateliers de reliance (écologie intérieure et alimentation durable, pratique de la permaculture et ateliers low tech, expéditions en bivouac pour se connecter au vivant et à la nature, travail qui relie, CNV, ..) en même temps que les projets de résilience de territoires, de hacking des systèmes toxiques, deprojets de recherche-action régénératifs de 6 mois suivis de projets entrepreneuriaux d’un an afin de les rendre viables et désirables. 


Que signifie le petit rond sur le A de LUMIÅ ? La montagne du dessin de la home page est-elle un clin d’oeil à la courbe de l’effondrement (croissance-décroissance/descente énergétique et matérielle) ? Si le rond jaune est le soleil, que signifient les ronds bleu et rouge ?

Le petit rond symbolise le cercle, l’union de toute chose. Le dessin de la montagne est en fait la ligne de crête  du sommet le plus proche de chez nous, que nous voyons de l’école et qui nous appelle à lever les yeux chaque jour vers l’horizon. Et le rond jaune symbolise surtout le halo de lumière d’une personne (ou de deux si vous regardez bien la lettre du A). 


La civilisation thermo-industrielle mène à l’impasse, il est urgent d’en changer.” Avec une telle accroche, j’imagine que l’effondrement occupe une place centrale dans l’enseignement. 

Nous parlons très peu d’effondrement en tant que tel, même si ses perspectives nous ont tous changés profondément et ont sans doute contribué à l’émergence rapide de l’école. Nous sommes tous convaincus de l’impasse du système en place, pour autant, notre philosophie d’enseignement est tournée essentiellement vers l’action régénératrice et peu vers les causes destructrices. Le contexte actuel est très pesant à bien des égards, aussi nous avons fait le choix de cultiver nos capacités transformatrices dans la joie. 


C’est quoi l’effondrement pour toi ? À quelle échéance penses-tu que notre monde va basculer ? Comment t’y prépares-tu à titre individuel ?

Profondément ancrée dans l’ici et maintenant, je ne saurais faire de scénario d’anticipation, ni dans la projection d’une date ni dans ses modalités. N’avons-nous pas déjà un peu basculé d’ailleurs ?  A titre personnel, je peaufine chaque jour l’art du Bricolage, avec un grand B. Vers plus d’autonomie alimentaire en cultivant et gardant les graines anciennes, vers un retour aux sources (construction de cabanes en pleine nature proche de sources justement). Je trouve aussi l’idée de ferme de quartiers en ville très intéressante pour les urbains, à voir où cela me portera 🙂


Quelle est cette nouvelle civilisation qu’ambitionne de créer LUMIÅ ?

LUMIÅ ambitionne de co-créer une civilisation consciente et agissante. Nous aurions pu mettre le terme société, mais il serait réducteur d’une pluralité de phénomènes sociaux. Je ne crois pas à un petit changement pour transformer le système en place. Trop ancré dans nos schémas mentaux, nos habitudes, notre confort, le changement viendra d’une pluralité de transformations culturelles, spirituelles, sociales pour infuser les modes de fonctionnement des sociétés et ses systèmes régulateurs (économiques, monétaires, ..). 

Quels sont les profils des apprenant·e·s ?

Âgés entre 23 et 52 ans, les apprenant.e.s ont des profils très différents et pourtant une volonté commune : agir pour contribuer à un nouveau monde. Actuellement nous rassemblons des ingénieurs agronomes, une directrice de laboratoire de recherche sur les abeilles, une olfacto-thérapeute, des diplômés de grandes écoles et universités, des jeunes engagés dans les associations climat, des grands voyageurs qui ont baroudé en transport doux aux quatre coins de la planète, une chef pâtissière, un ancien développeur de filiale Tesla à Dubai, etc. Le recrutement de la prochaine promotion est d’ailleurs ouvert depuis peu (max. 35 places pour sept. 2021).


LUMIÅ, c’est aussi une BD et un centre de recherche. Peux-tu nous en dire plus ? 

Nous sommes à la fois une école, un centre de formation et un centre de recherche, fortement couplé à la pédagogie d’ailleurs. L’école propose un parcours transformateur de 2 ans à partir de ses projets, le centre de formation des ateliers et formations courtes, ainsi que des articles et supports édités dont la BD portant sur les nouveaux modèles économiques.  Le centre de recherche travaille surtout à l’élaboration des modèles écologiques sociaux et économiques qui peuvent prendre en charge les besoins humains dans un espace sûr (respect des 9 limites planétaires) et juste (les ODD). 


Quels enseignements tires-tu du Covid-19  ? 

Que l’Homme est le plus grand danger pour l’Homme. Que le changement brutal est possible. Que l’Homme est d’une résilience incroyable. Que l’humain reste -pour l’instant- toujours la priorité, avant le système économique. 


Merci Mélanie ! 😉


Nous vous donnons RDV jeudi prochain pour une nouvelle interview.